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Lindwurm
Oyé Oyé Peuple Drakemasterien !
En ce jour, je vous annonce le début de la seconde phase du Concours Rp !!
Les 4 participants m'ont envoyée leur texte ! Lisez-les, relisez-les et re-relisez-les !
Choisissez parmi les 4 textes vos 3 textes favoris ! Evidemment, il est demandé de détailler son choix pour aider les auteurs à améliorer leurs prochaines oeuvres !
Votre classement de ces 3 textes donnera un certain nombre de points à ceux-ci. Cela fonctionne ainsi :
- votre premier choix remportera 3 points
- votre deuxième choix remportera 2 points
- votre troisième choix remportera 1 point
A la fin du vote, un classement des textes sera fait et les vainqueurs seront annoncés. Les gains seront annoncés également à la fin du vote.
J'autorise les participants à voter mais ils doivent me dire leur choix par MP et non pas sur le forum ! Respecter surtout l'anonymat et ne divulguer pas quel est votre texte !!
Le vote se fait du 11 Août au 7 Octobre !
Sur ce et sans plus attendre, Mesdames et Messieurs, voici les textes tant attendus !
ATTENTION ! Le texte 4 est très long c'est pour cela qu'il prend 4 posts ! Ne vous laissez pas intimider par sa longueur, il est très intéressant 
Bonne lecture à tous !
Texte 1 : 8
Texte 2 : 6
Texte 3 : 10
Texte 4 : 18
Dernière modification par Lindwurm (07-10-2012 15:22:32)
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Lindwurm
Texte 1 :
-Attention, sors de là !
Un rocher s’écrasait sur un abri. Les débris blessèrent certains au visage, mais eurent plus de chance que celui qui était resté dedans. Au loin, la catapulte était en train de se faire réarmer. Le ciel était couvert de nuages sombres, et l’air empestait déjà de l’odeur des morts.
La guerre. Depuis des millénaires, une bataille sans fin entre la Lumière et les Ténèbres faisait lutte, et aucun n’en sortit vainqueur. Nous sommes le 14 Sombreroche, année 476, et des armées croisèrent le fer le long de la côte d’Ambre. Les Humains, Elfes, Nains et Halfelins ont regroupé leurs dernières troupes pour empêcher l’armée des Draconiens de contrôler le donjon D’Azurne, dernier rampart pour les créatures mi-humain mi-dragon avant que Giluard Ier, souverain du royaume de l’Etoile, ne succombe sous leurs hallebardes.
Un petit homme barbu, grassouillet mais musclé, courut vers le haut-elfe qui était sur sa licorne, au sommet d’une colline d’où il pouvait voir le champ de bataille avec ses gardes du corps.
-Sire, dit le nain essoufflé en arrivant, nos troupes perdent du terrain et commencent à se laisser tuer en voyant leurs frères d’arme succomber…
-Ils doivent résister, répondit difficilement le haut-elfe. Sinon le monde est perdu…
Il était vieux et avait du mal à se concentrer sur les sorts dont il avait emmagasiné la connaissance durant ses cinq siècles d’existence. Il commença à marmonner des mots incompréhensibles pour le nain et ferma les yeux...
-Karash, souffla-t-il.
Une lumière vive apparu dans ses mains qu’il tendit vers les Draconiens, et une boule enflammé se dirigea vers eux. Certains paniquèrent en la voyant, d’autres ne pensaient qu’à tuer. Puis la boule disparu dans sa course.
-Kuln’nara ! Ils ont des mages !
Puis une ombre déferla sur lui et ses compagnons, et moururent dans les flammes de l’enfer.
Quelques heures plus tard, les troupes draconiennes arrivèrent au donjon d’Azurne. Les gardes ne firent pas long feu, malgré leur courage et leur loyauté pour leur souverain. Arrivés à la salle du trône, les monstres ne virent qu’une salle vide.
-Majesté, dépêchez-vous !
Le Nain agrippait la cape d’étoffe de Giluard Ier et le tirait. Il était précédé d’un Elfe des bois et d’un paladin humain. Ils couraient dans un tunnel creusé à la main, dont l’accès était sous le trône et devait déboucher à l’extérieur, sur le flanc d’une colline. La troupe courait dans la pénombre, et parfois le roi trébuchait à cause de petits rochers. L’elfe voyait mieux que les autres, et le paladin devait sa faible vision nocturne au dieu de la lumière, Ishtar. Ils entendirent des grognements et des ordres aboyés, au loin, de là où ils venaient.
-Par Ishtar, cria le jeune paladin, ils ont découvert le passage ! Dépêchons-nous !
Ils coururent, mais savaient que les draconiens gagnaient du terrain. Enfin, ils virent la lumière du jour. Il pleuvait, et coururent dans la boue.
-Je vais salir ma tunique ! Rouspéta Giluard.
-Vous n’avez rien d’autre à faire que de râler ? Soupira l’elfe.
-Frianim, calme-toi, et court ! dit le nain.
-Depuis quand est-ce que j’écoute un nain comme toi, Tralip ?
-Depuis maintenant !
-Aussi longtemps que je m’appellerais Tanis, vous cesserez de vous disputer ! Cria le paladin. Dépêchez-vous, bon sang !
Ils arrivèrent enfin à la côte. Un navire les attendait, un des plus rapides du royaume. Le blason du royaume était dessiné sur la voile, un bouclier argenté avec un dragon bleu de profil. L’équipage s’apprêtait à lever l’ancre quand ils les virent. Les draconiens arrivèrent, et approchèrent vite. Trop vite.
-Nous n’aurons jamais le temps d’y arriver, lança Frianim, ils sont trop rapides. Allez-y, je vais les retenir !
-Et puis quoi encore ? répliqua Tralip. Tout seul ? Tu auras besoin de moi, tu n’es pas assez fort pour ça !
-Allez-y, rajouta Tanis, j’emmène le roi ! Bonne chance ! Qu’Ishtar veille sur vous !
-On en aura bien besoin... pensa Frianim.
L’elfe et le nain firent demi-tour. Ils brandirent respectivement un arc et une hache, et attendirent les créatures maléfiques. Frianim banda son arme avec trois flèches faites de bois d’if et tira. Tralip décapita un des draconiens.
-Trois ! cria Frianim.
-Deux ! Relança Tralip en tuant un deuxième monstre.
Les deux compagnons continuèrent ainsi, comptant les morts, un jeu qu’ils adoraient faire pour voir qui était le plus doué parmi eux. Leurs talents pour le combats excellaient celui de 10 sergents réunis.
-Quatorze ! Je vais te battre cette fois, Frianim !
-Je ne pense pas ! Seize !
Ils persévérèrent et combattirent vaillamment, quand il n’en resta plus qu’un. Sa lance fut lancée vers Frianim, qui ne pouvait pas l’éviter. Tralip poussa un cri : il s’était jeté sur la lance qui se ficha dans sa poitrine. La draconien ne vit que peu de temps sa victime transpercée, car il se retrouva vite avec une flèche plantée dans le front. L’elfe tremblait encore en ayant vu le geste du guerrier. Il se pencha vers lui et retira la lance ensanglantée, puis examina la blessure : la pointe avait touché les organes vitaux. Tralip toussa en crachant du sang et tourna la tête vers l’elfe.
-Combien ? demanda-t-il avec difficulté.
-Pardon ?
-Combien... En as-tu... Eu ?
-Dix... Dix-neuf.
-Vingt... J’ai... Gagné !
-Mais pourquoi as-tu sauté devant moi pour me protéger ? Je te prenais toujours pour mon adversaire !
-Ton adversaire ? Et puis... Quoi encore ! Ne sais-tu donc... Pas que chez nous... Les nains... La rivalité apporte... L’amitié ?
-L’amitié ? Je comprends mieux... Sache que, chez nous, se sacrifier pour un ami est un grand honneur. Quand le roi aura rejoint les terres ancestrales des miens, nous louerons tes exploits.
-Merci... Vieux frère...
-J’ai à peine 217 ans.
-Moi, 218 ! Encore un point... Où je te bats...
Ce fut sa dernière parole. Frianim pris le corps de son rival – et ami – pour l’enterrer comme il se doit.
La guerre se termina le 6 Forcebrume, année 479. Le mal fut repoussé par un groupe de héros qui anéantirent le maître des ténèbres. Dans ce groupe se trouvait Frianim, qui n’avait pas oublié Tralip et qui avait donné le coup de grâce à leur ennemi.
noobiwan
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:29:38)
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Lindwurm
Texte 2 :
Il n'y avait aucune lumière autour de moi. Je n'y voyais rien du tout, surement dû au fait que j'avais les yeux fermés. Même en sachant cela, je ne voulais pas les ouvrir, ce qui faisait que je ne savais pas le moins du monde où je me situais. J'essayais de me fier aux autres sensations ou bruits que j'entendais pour m'imaginer le lieu dans lequel je me trouvais. Tout le côté droit de mon corps, ainsi que ma tête, était posé sur un sol pas droit et avec des petits cailloux, certains s'enfonçaient dans ma peau ce qui me faisait un peu mal, mais je ne bougeais pas d'un poil. Le seul bruit que j'entendais distinctement était celui de gouttes d'eau qui tombaient dans une flaque. C'était toujours dans un rythme régulier … plic … plic … plic … stap … stap … stap … Quelque chose se rapprochait de moi, il avançait tranquillement. Tous les bruits se mélangèrent dans un écho, je devais me trouver dans une caverne ou autre endroit de ce style. Je voulais bouger, ne serait-ce, qu'un membre, mais j'en fus incapable à cause d'une grande douleur me parcourant le corps. J'étais courbaturé, mais pour quelle raison ? Je grimaçais au même moment. Mince la chose avait du le voir... Devrais-je ouvrir les yeux ? Je ne savais rien. Cette chose se rapprocha un peu plus de moi, je pouvais entendre sa respiration calme et sereine. Pas comme la mienne à dire vrai. Elle se mit alors à me renifler en mettant sa truffe dans ma fourrure. Qu'étais-je ?
L'animal arrêta son inspection et je sentis mon museau en train de devenir humide. Était-il en train de me lécher ? Il voulait surement me faire comprendre qu'il était l'heure d'ouvrir les yeux. J'hésitais à le faire, peut-être de l'appréhension pour ce que j'allais voir. Voyant que je ne réagissais pas, il me poussa le torse avec sa truffe. Je voulus me lever avant tous, mais la douleur était encore assez forte pour me clouer sur le sol. J'ouvris alors doucement les yeux, la lumière ne m'arrivait pas directement dans la figure, ce qui n'était pas plus mal. Au premier abord je vis tout flou, puis ça redevint net petit à petit. Les parois que je voyais en face de moi, luisait grâce à l'humidité présente qui reflétait le lumière. Je vis aussi l'endroit d'où provenait le son de l'eau qui tombait sans cesse dans la flaque. Pour finir mes yeux se posèrent sur une silhouette grise, qui était assise sur son postérieur. Elle n'arrêtait pas de me fixer avec un petit sourire amusé. C'était bien un animal, oreilles arrondies, crocs, museau et j'en oubliais. Bizarrement, ma peur s'était envolée, je crois que j'étais juste inquiet, mais de quoi je ne savais pas trop. Je baissais le regard par instinct, j'entendis alors sa voix pour la première fois.
-Ça y est la Belle aux bois dormant est réveillée ? Ricana-t-il.
-C'est quoi une Belobouadorman ? Demandai-je.
-Oula... C'est une façon de parler. Tu as du perdre des neurones sur la route.
-Désolé mais je ne saisis pas trop... Des neurones ça se mange ? Et tu es quoi toi ?
-Sérieusement tu te foutrais pas un peu de ma truffe ? Je suis un Loup ! Un loup ! Comme toi ! Regarde toi dans la flaque et tu verras qu'on se ressemble, répondit-il en perdant patience.
-Je vais essayer …
J'avais baissé les oreilles quand il avait élevé la voix, je n'avais pas du tout aimé... Avais-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Je ne savais pas, mais en tout cas ça lui avait hérissé le poil. J'essayais de nouveau de me lever, la douleur était toujours présente. Elle était cependant moins intense, je réussis à me mettre sur le ventre pour pouvoir me pousser vers le haut avec mes pattes. Malheureusement j'avais beau essayer de toutes mes forces de me lever, je n'arrivais à le faire que de quelques centimètres. Pourquoi j'avais tant de courbatures... J'étais découragé. Le loup décida de bouger son postérieur pour venir vers moi. Je baissais le regarder, je n'avais pas envie de revoir cette colère dans ses pupilles. Il s'assied alors à côté de moi, je regardais sa queue touffue se poser sur le sol poussiéreux.
-Ben alors qu'est-ce qui ne va pas ? On est mou des guiboles, dit-il en souriant.
-Désolé j'ai pas compris...
-Tu es mou des pattes si tu préfères.
-Ben elles sont pas molles mes pattes, j'ai juste des courbatures... répondis-je.
-Laisse tomber c'est une expression. Dit moi quel est ton nom ?
Mon nom … Je ne savais plus, je ne me souvenais plus de mon nom. En fait, je ne me rappelais plus de rien avant mon réveil dans cette grotte. Qui étais-je vraiment ? Je ne savais plus, qu'est-ce que je fais ici aussi. Plus j'essayais de m'en souvenir et moins ça venait. Je commençais à me donner mal au crâne à force d'y penser.
-Je ne m'en souviens pas, je n'arrive pas à me rappeler qui je suis...
-Sérieusement ? Rien du tout ? Dit-il surpris.
-Non, vraiment rien... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé avant mon réveil, pourquoi je me trouve ici, ce qu'est un loup précisément, qui suis-je, pourquoi n'ai-je plus de souvenirs, répondis-je sans prendre ma respiration.
-Du calme mon louveteau, il manquerait plus que tu t'étouffes dans un aboiement, ricana-t-il. Je ne sais pas comment on guérit une amnésie moi...
-Tu ne saurais pas quelque chose me concernant ?
-Je ne te connaissais pas avant de te ramener dans ma taverne, sinon je ne t'aurais pas demandé ton nom, n'est-ce pas ? D'ailleurs c'est parce que je ne t'avais jamais senti par ici que je te suis venu en aide. Je ne peux pas t'aider plus, désolé.
Je baissais la tête déçu de ce que je venais d'entendre. En fait, j'avais maintenant l'impression d'être une simple coquille, sans contenant. Comment devais-je m'y prendre pour retrouver la mémoire ? J'entendis les gouttes, enfin pour être plus précis j'y faisais de nouveau attention. Je levais mon museau en direction de la flaque, je fixais alors les petites vagues qui se formaient grâce aux petites perles translucides. Était-il possible qu'en me voyant j'aurais des flash ? Mon moral remonta un peu, je me mis alors sur mes pattes. Celles-ci faisaient limite des claquettes tellement elles tremblaient. Je n'arrivais pas à avancer droit. Qui plus est la douleur était toujours présente, ce qui n'arrangeait pas la marche. Je fis quelques pas puis je buttais sur un cailloux, ce qui me fit perdre mon équilibre. Il fallait que je me laisse tomber, je ne pouvais pas me rattraper dans cette état. Je fermais les yeux en attendant l'impact, je les fronçais de plus en plus. Je me rendis compte que j'étais tombé sur quelque chose de moelleux. J'ouvris mes paupières et je vis que le loup était venu pour me retenir de tomber.
-Heureusement que je suis là, j'aurais peut-être dû te laisser tomber pour te voir la truffe dans la poussière.
-Roh ça va... tu pourrais m'aider à atteindre la flaque ? S'il te plaît.
-Elle veut s'admirer la petite boule de poils ? Ricana-t-il. Je t'accompagne pour une seule raison, on dirait que tu vas te casser une patte quand tu marches.
Je savais bien qu'il me taquinait, mais je ne pus m'empêcher de lui donner un coup d'épaule amical. Seulement, j'étais solide de mes pattes qu'en fait je me penchais de l'autre côté. Décidément, j'étais bien un abruti fini. Le loup avait réagit aussitôt et il s'est plaqué de l'autre côté de moi, en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Il ricana un coup, je voulais encore lui donner un coup d'épaule, mais je me suis restreint. Il m'aida alors pour avancer, on y allait à mon rythme. Il ressemblait de très près à celui des tortues. Bon j'avais encore assez mal, donc ce n'était pas si facile que cela. Ce qui était marrant à remarquer c'était qu'on avait l'impression que c'était la première fois que je marchais à quatre pattes. Je ne me souvenais pas à quand remontait ma dernière marche, donc c'était bien une première pour moi.
Nous y étions finalement arrivé, le son des gouttes qui tombaient, était plus clair qu'au loin. J'entendais par là qu'il y avait moins de résonance. Je levais le museau plus d'une fois pour suivre le parcours qu'elle faisait à répétition. Après avoir fait ce mouvement une bonne dizaine de fois d'affilé, je m'arrêtais à cause d'un petit mal de cou. Je baissais alors le regard sur la flaque et sur la silhouette qui s'y trouvait. Entre deux gouttes, l'eau se calmait pour me laisser voir avec clarté cette image. La fourrure était blanche, comme un truc froid que l'on voyait qu'à une certaine période de l'année. Pourquoi je n'arrivais pas à me souvenir de certains mots … Comme si tout ce qui pouvait me permettre de retrouver la mémoire s'était effacé aussi. Je remarquais une cicatrice au-dessus de l'oeil droit, était-ce vraiment moi ? Comment avais-je pu avoir une cicatrice ? Je me retournais alors vers l'autre loup et je lui posais une question.
-Tu es sûr que c'est moi ?
-Ben qui veux-tu que ça soit d'autre, hein ? A moins que ma fourrure soit passé du gris au blanc, je ne pense pas qu'il s'agisse de moi. Quelle truffe tu fais ? Rigola-t-il. Par contre si tu veux échanger ta fourrure contre la mienne je suis partant.
-Ah elle ne te plaît pas la tienne ?
-Ben à dire vrai, toutes les louves avec qui je me suis promené, préféraient fantasmer sur le blanc plutôt que le gris. Soit disant que ça fait moins sale … Enfin bref passons, tu te souviens de quelque chose ?
-Non pas le moins du monde, je ne sais même pas pourquoi j'ai une cicatrice à l'œil...
-Ce sont des choses qui arrivent, par contre avant que j'oublie. Que dirais-tu de rester avec moi quelques temps ? Demanda-t-il plus sérieusement.
-Pourquoi faire ? Je ne vois pas l'envie qui me pousserait à sortir dehors.
-Allez, tu ne veux pas découvrir le monde extérieur, en plus je te fais une promesse.
-Une promesse ? C'est quoi ?
-Quelque chose que tu dis et que tu feras jusqu'à l'avoir fait … Je ne sais pas si j'explique bien. En gros, je te promets que je t'aiderais à retrouver ta mémoire peu importe ce qui arrive.
-Tu es sérieux ? Tu ferais ça pour moi ?
-Bien sûr, tu sais tu es bien le seul qui s'éloigne pas de moi dans la seconde où tu me vois. Alors j'aimerais bien tenir cette promesse et j'aimerais devenir ton ami, dit-il avec un sourire.
-Ami ?
-Des amis s'entraident dans les pires moments et ce quoi qu'il arrive. En ce moment c'est toi qui as besoin d'aide et j'aimerais faire ce qui est en mon devoir pour t'aider à retrouver ta mémoire. Tu es d'accord ?
-Pourquoi je ne le serais pas ? Pourquoi je n'aurais pas envie de recouvrer mes souvenirs ? Bien sûr que j'accepte. Donc, on est ami, pas d'autre truc à faire ? Demandai-je tout excité.
-Ben non pas besoin de s'ouvrir les veines pour être ami. C'est juste un sentiment, peut-être que ça viendra avec le temps pour toi. Bon il faudrait déjà que tu n'ais plus mal aux pattes pour pouvoir sortir.
Il n'avait pas tord, j'arrivais à peine à tenir debout. J'étais tout content à l'idée de découvrir le monde à la recherche de mes souvenirs. J'espérais que le voyage ne serait pas si long que cela. Pourtant voyez-vous ce que je suis en train de vous conter n'est que le début de mes soucis ? La douleur partit assez vite, une heure ou deux à rien faire. Ce qui était devenu une éternité. Mon ventre s'était mis alors à crier famine, sans que je lui demande rien. Je crois que l'on peut dire que c'était ce qui avait amener tout ce qui va suivre. Vous voulez tout savoir, tout connaître de mon passé caché, ainsi que de mon nouvel ami qui se nommait … Ah oui j'ai oublié de le dire ! Je crois qu'il me l'avait annoncé juste avant que l'on quitte la grotte pour aller chasser. Il m'avait dit :
-Ah au fait, je me nomme Fenrir.
Tetsuyuki
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:30:17)
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Lindwurm
Texte 3 :
Une goutte de sueur dégoulinait le long de ma tempe. Je la sentais glisser lentement, lentement. Elle reflète mon intense concentration, la surchauffe de mon cerveau à force de penser, d’anticiper, d’envisager toutes les possibilités, élaborer des plans pour vaincre mes adversaires. Je suis seul face à tous. Nous sommes tous seuls face aux autres. C’est un chacun pour soi impitoyable. Chacun d’entre nous veut gagner, et pour cela, tous les coups sont permis.
Lassé de sentir ce liquide sur ma peau, je l’essuyai d’un revers de la main. Un coup d’œil à mes rivaux me suffit pour constater qu’ils étaient aussi déterminés que moi. J’examinai la carte. Les forces de mon plus proche rival, un homme blond aux yeux bleus, étaient importantes. Trop importantes. Trop pour moi en tout cas. Mais pas pour DEUX généraux. M’allier avec un autre, ce rouquin au visage constellé de tâche de rousseur par exemple. En ce début de guerre, voilà qui pouvait être intéressant. D’autant plus que ces forces, uniquement composées de cavaliers, serait impeccablement complétées par les miennes, des archers et des fantassins. Une alliance temporaire mais au combien destructrice pour nos adversaires ! J’envoyai donc un message à ce général roux, lui expliquant ma position, exposant les perspectives que ce pacte pouvait avoir pour nous deux. Une armée invincible, voilà ce que je lui proposais. Alors que je pensais qu’il allait refuser, fidèle à la rivalité qui nous opposait tous, les cavaliers se déplacèrent, traversèrent le champ de bataille et vinrent se placer à mes côtés. Parfait. La bataille pouvait commencer.
Sous mes directives, notre imposante armée se plaça devant celle de mon voisin. J’engageai les combats, d’abord l’infanterie, puis les archers pour les couvrir. Enfin, j’envoyai les cavaliers se jeter dans la mêlée. Je gardai tout de même un bataillon pour défendre mon camp, et éventuellement les prendre à revers si l’occasion se présentait. Alea jacta , les dés étaient jetés. Je n’eus plus qu’à contempler mon armée livrer bataille. Une bataille qui tournait en notre faveur, au demeurant. Bientôt, et même en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, mon voisin fut écrasé, les survivants placés sous mon commandement, venant grossir les rangs de notre armée. Au suivant.
Je vis les deux autres camps restants se réunirent, comme je l’avais fait avec le rouquin plus tôt. Sans doute terrifiés par notre offensive, ils avaient décidé de se liguer contre nous. À raison, hélas. À elles deux, ces deux armées réunies n’auraient aucun mal à se débarrasser de nous, et n’auraient plus ensuite qu’à se livrer une guerre sans merci pour conquérir cette magnifique vallée. J’étudiai attentivement la configuration des lieux, les placements de chacun. Mon partenaire m’envoya un message disant que tout était perdu. Effectivement, il n’y avait guère d’espoir. Sauf si... Sauf si j’arrivai à mettre à exécution le plan qui venait de germer dans mon esprit de guerrier ! Oui, cela pouvait marcher. J’entamai les manœuvres, avertissant de mes intentions mon co-équipier, mon frère d’armes. Sans pour autant quitter des yeux mon adversaire, j’eu tôt fait de placer mes hommes. La rapidité était un atout sans pareil dans une guerre. Je constatai alors que je n’étais pas le seul à posséder cette qualité. Déjà, la féroce armée de nos adversaires fonçait sur nous. Droit dans mon piège. Croyant se jeter sur le gros de mon armée, constituée de fantassins, de piquiers et d’archers, ils ne voyaient pas l’absence des cavaliers et des autres hommes d’armes qui les soutenaient. Lorsque la cavalerie chargea, il était trop tard. Pris en tenaille, devant livrer un combat acharné sur trois fronts en même temps, l’armée de nos deux adversaires ne fut pas de taille, et fut impitoyablement écrasée. Aucun survivant. Nos pertes étaient lourdes, notamment chez les soldats montés, mais nous avions vaincus. D’ailleurs, la perte des cavaliers faisait bien mon affaire. Car désormais, c’est une lutte contre mon ancien ami qui s’annonçait. Au moment de la séparation, je lus une nouvelle détermination dans son regard. Ses yeux exprimaient toute la férocité dont un homme était capable. Pure intimidation de sa part. Les chevaux reprirent leur place initiale. Quelques piquiers suivirent, mais je conservais la majorité de cette unité.
Mon dernier rival choisit une tactique dangereuse mais efficace : des attaques éclaires, foudroyantes et dévastatrices pour les deux camps. J’adoptai un placement plutôt défensif. Pour mieux le tromper. Alors qu’il pensait la partie gagnée en voyant mon apparente défaillance, je lui prouvai qu’il avait tort. Rapides comme l’éclair, mes hommes prirent une position offensive et se ruèrent dans le camp adverse. L’ultime bataille fut difficile, riche en pertes humaines, mais quelle victoire ! Oui, quelle victoire ! Le rouquin dut capituler.
Le silence qui suivit la bataille fit rapidement place à un hurlement de joie. Le mien. J’avais gagné cette partie, écrasant mes adversaires. Ma stratégie avait était parfaite. Je n’avais désormais plus de rivaux, j’étais le maître !
Des claques résonnèrent sur mes épaules.
- Bien joué, vieux, franchement, je ne m’attendais pas à autant d’audace de ta part ! me félicita Fred, le blond. Pas face à moi, évidemment, mais Romain et Valentin était vraiment partis pour vous éliminer de la partie, Thierry et toi !
- Et la manœuvre pour me priver d’une bonne partie de ma cavalerie sans en avoir l’air, c’était extra ! Je n’ai jamais pensé que tu puisses être aussi vil ! ajouta Thierry, le rouquin.
- Merci les gars, mais vous savez, ce n’est qu’un jeu. J’ai bien caché mes intentions cette fois-ci, mais la prochaine risque d’être grandement différente ! Vous savez de quoi je suis capable maintenant.
Je pris un air faussement contrarié qui déclencha les rires de mes amis.
- Et si on faisait un jeu un peu moins fatiguant pour mon humble cervelle maintenant ? Un Monopoly par exemple ! proposa Fred.
Tous approuvèrent du chef. Par cette après-midi pluvieuse, rien ne valait de bonnes parties de jeu entre amis !
Elaina04
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:31:03)
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Lindwurm
Texte 4 :
Entre eux deux
1
L’accident
« Non mais sincèrement tu t’attendais à quoi ?! Je m’amusais c’est tout, et puis je te rappelle que je suis mariée. Si tu ne me laisses pas tranquille, j’appelle la police pour harcèlement tu m’entends ?! »
Il savait bien qu’il ne devait rien attendre de cette femme
et des sentiments qu’il éprouvait pour elle, mais c’était dans sa nature d’espérer, toujours et encore. Et puis, il tombait facilement amoureux. Mais enfin, s’amouracher d’une femme mariée, il fallait bien être maso. Et, comme de juste, il noyait à présent sa tristesse dans la bière.
La démarche incertaine, il but directement au goulot.
Il devait bien reconnaitre cette qualité à son père, qui lui avait dit un jour : « Si les femmes ne peuvent pas te rendre heureux, la Kronenbourg, elle, elle le peut ! » Bien évidemment, c’était avant qu’il se fasse sauter le caisson d’une balle, par désespoir. Ou peut-être parce qu’il avait trop bu et qu’il regardait trop L’inspecteur Harry.
A ce souvenir, il rit. Puis, dégoûté sans trop qu’il sache pourquoi, il jeta rageusement sa bouteille de bière qui partit s’écraser dans les buissons du bas-côté de la route dans un bruit de verre brisé. De nouveau, il tangua, manquant de se ramasser lamentablement sur le bitume mouillé.
- A ta santé !! s’écria-t-il en battant inutilement des poings.
Oui, il était ridicule. Mais il était aussi seul sur cette autoroute déserte à trois heures du matin, à l’est de Paris, et de ce fait, n’avait plus aucune pudeur. Et puis, le ridicule ne tue pas, comme dit l’adage. Mais enfin, quand même, il peut gravement nuire à la santé.
Se retournant, il s’appuya contre le garde-corps de la route, poussa un nouveau rire, puis leva une jambe et tenta d’enjamber l’obstacle. Prit d’une nausée soudaine et violente, il se figea et se retint de ne pas vomir. Puis, à cheval sur la longue barre d’acier, il releva des yeux hagards vers sa voiture qui l’attendait sagement sur la bande d’arrêt d’urgence.
- Toi au moins tu m’aimeras toujours, hein ma belle ! lui lança-t-il d’une voix forte.
Sa petite Renault Clio blanche trois portes lui répondit d’un silence éloquent. C’était vrai qu’il l’aimait, cette voiture de société qu’on lui avait donné il a de cela dix ans. A cette époque, elle n’était qu’une carcasse rouillée qui n’attendait que lui pour reprendre vie. Il en avait passé du temps à la retaper cette épave ! Et aujourd’hui, elle était très certainement la seule au monde à ne pas l’avoir laissée tomber. Encore une fois, il rit. Il parvint enfin à passer sa seconde jambe par-dessus le garde-corps et se stabilisa difficilement en sentant une nouvelle nausée secouer son estomac.
Une puissante détonation le fit sursauter.
Un crissement de pneu raisonna dans la nuit.
Non loin, le bruit d’un pare-brise qui explose en mille éclats.
Il se redressa, titubant pathétiquement. Droit devant lui, surgissant d’un lent virage, une voiture noire roulait dans sa direction avec une vitesse qui dépassait de beaucoup les cent-trente kilomètres heures autorisés sur une autoroute. Les phares puissants du véhicule l’aveuglèrent, et il mit son avant-bras droit devant ses yeux pour se protéger, tout en grimaçant.
Il y eut une nouvelle détonation.
Un furieux coup de volant fit brusquement dévier la voiture sur la gauche. Elle heurta le terre-plein qui séparait les deux voix, monta dessus dans un nouveau crissement, puis dévia une seconde fois de sa trajectoire avec une vitesse incroyable. Sa raison voilée par l’alcool et la surprise, il se dit soudainement qu’il avait en face de lui une Mercedes puissante qui ne manquerait certainement pas de briser le garde-corps sur lequel il était appuyé sans même que celui-ci ne la fasse ralentir. Ce n’est qu’après qu’il réalisa que ladite Mercedes fonçait droit sur lui.
Elle n’était qu’à quelques mètres de lui lorsqu’il se décida à se jeter sur le côté pour ne pas se faire aplatir. Il fit un bond sur sa gauche et s’étala sur la route assez lamentablement en poussant un cri alors que la Mercedes heurtait de plein fouet sa fidèle Clio blanche. Le bruit effroyable du métal contre le métal, du fer plié et du verre brisé, raisonna dans le silence de cette nuit d’automne. Recroquevillé sur lui-même, la tête entre les bras, il hurla puis ferma fortement les paupières, les dents serrées. Mais il n’était pas à l’abri. Une puissante explosion le souffla sur plusieurs mètres. Il roula douloureusement sur le sol, puis se figea.
Et il attendit.
Une odeur poisseuse et puissante de cuir brûlé lui souleva l’estomac. Non loin de lui, le fer et la taule froissée des deux véhicules se tordaient sous les flammes. La chaleur était suffocante et l’agressait des pieds à la tête tellement le brasier prenait de l’ampleur. Très certainement le réservoir de l’un des véhicules fut-il touché par les flammes, car une seconde explosion l’ébranla, et la Mercedes qui n’était plus qu’un torrent de feu s’éleva brièvement dans les airs sur quelques mètres avant de retomber sur ses quatre roues fondues.
Ce n’est qu’après quelques secondes qu’il se décida à bouger. Un violent haut-le-cœur le prit, il se redressa sur ses bras, à quatre pattes au milieu des trois voix de l’Autoroute de l’Est, et vomit sur le bitume. Ce ne fut que lorsqu’il n’eut plus rien à régurgiter qu’il se redressa, pantelant et essoufflé. Il se tourna vers le bucher et admira les flammes jaune comme de l’or et rouge comme du sang s’élever vers le noir d’encre de cette nuit sans étoile. Une fumée épaisse montait sur plusieurs mètres, compact et odorante. Prit d’un nouveau haut-le-cœur, il recula de quelques pas en protégeant ses narines de l’avant-bras de son blouson. Et il resta là, à regarder sa voiture partir en fumée, incapable de rien ressentir d’autre qu’un profond désarroi et une intense mélancolie. L’alcool ne l’avait jamais rendu triste pourtant, mais avec tout ce qu’il venait de rendre, il s’était bien vidé l’estomac et, de ce fait, éclaircit les esprits.
C’est alors qu’un cri retentit, couvrant le bruit infernal des deux voitures en train de brûler sous ses yeux qui s’écarquillèrent. Il n’y avait tout de même pas quelqu’un de vivant dans ce brasier ?! Incapable de bouger, incapable de croire à l’horreur qui se déroulait sous ses yeux, il ne put qui fixer la fournaise, immobile. Un nouveau cri s’éleva. Suivit d’une supplique qui disait :
- A l’aide ! Je vous en prie venez m’aider !
Des sanglots incontrôlables secouaient la voix, et il réalisa alors qu’elle ne venait pas des véhicules en feu, mais d’à côté, légèrement sur sa gauche. Sans plus réfléchir, il se rua en avant, le cœur battant à cent à l’heure. Dieu merci l’explosion ne l’avait pas rendu momentanément sourd. Après quelques pas, il tituba, la vision trouble. Si seulement il n’avait pas bu autant !
- Je vous en supplie, sanglota de nouveau la voix. Mon mari … mon mari !
Un bras devant le visage pour se protéger de la chaleur qui émanait du brasier, il avisa le garde-corps tordu, un buisson qui commençait à prendre feu non loin, et une silhouette, avachie de l’autre côté. Ses pas redoublèrent de rapidité et il enjamba la barrière de métal beaucoup plus facilement que précédemment. Son cœur manqua alors un battement.
Accroupie dans l’herbe, tâchée de sang et de terre, une femme était accroupie devant un corps inerte. Elle pleurait, et secouait l’homme étalé au sol de toutes ses forces.
- Réponds-moi !
Il se laissa tomber à genoux à ses côtés, la faisant sursauter. Elle tourna alors vers lui des yeux bruns emplis de larmes et un visage ravagé par la détresse. Une longue estafilade profonde courait sur sa joue droite et son arcade sourcilière avait éclaté, colorant son visage blanc d’un masque rouge effrayant. Ses mains pleines de sang lui agrippèrent brusquement le blouson et elle hurla :
- Mon mari aidez-le ! Je vous en supplie !
Il n’avait jamais suivi de cours de premiers soins ou de gestes qui sauvent et de toute façon, il était trop secoué pour réfléchir correctement. Il ne put que sortir son téléphone portable de sa veste et composer le numéro des pompiers. Ce n’est qu’une fois le cellulaire à l’oreille qu’il se tourna vers l’homme allongé au sol. Il eut un mouvement de recul alors que la femme, agrippée à lui comme une tique, pleurait à chaude larme, tremblant de tous ses membres.
L’homme à ses pieds n’avait plus de visage. A la place, ce n’était que bouillie de chair et de sang. Il n’y avait plus que le nez et la bouche qui soient reconnaissables, car l’œil droit, crevé, n’avait plus de paupière et l’œil gauche était fermé. L’homme était très certainement passé au travers du pare-brise au moment où les deux véhicules entraient en collision. Dans le téléphone, il en était à cinq tonalités. Incapable de détacher ses yeux du visage sanglant de cet homme, il sentit une peur intense et un dégoût profond soulever de nouveau son estomac, et il crut qu’il allait de nouveau vomir, là, avec cette belle femme en sang qui pleurait dans ses bras. Il était sur le point de s’évanouir et il en avait pleinement conscience.
C’est alors que quelqu’un décrocha et il lança sa tirade sans même écouter ce que la voix de femme avait à lui dire à l’autre bout de la ligne :
- Y’a eu un accident, sur l’autoroute, pas loin … et … y’a du sang partout ! Ça brûle et … ma voiture elle a … schtroumpf ma caisse !!!
Oui, il venait tout juste de réaliser que sa bien-aimée Renault Clio blanche était en train de partir en fumée.
- Calmez-vous Monsieur et expliquez-moi la nature de votre problème, lui répondit la standardiste qui, à défaut d’être compétente, devait certainement être jolie.
- T’as pas écouté c’que j’viens de te dire ?!! rugit-il, prit de panique. Y’a eu un accident, schtroumpf !
- Pouvez-vous me donner votre localisation exacte, Monsieur ?
Il tourna la tête à droite mais, éblouit par le brasier, la tourna aussitôt à gauche.
- Là ! s’exclama-t-il. Je vois le panneau de la sortie pour la Porte de Vincennes, on est vraiment juste à côté !
- Très bien Monsieur, j’envoie immédiatement une ambulance et une patrouille de pompiers vers vous. Y’a-t-il des blessés grave ?
- J’sais pas …
Réalisant la sottise de ce qu’il venait de dire, il lança un coup d’œil au visage de l’homme à terre, et s’empressa de corriger :
- Ouais …
Il se sentait de plus en plus mal, comme s’il n’allait pas tarder à tourner de l’œil.
- Bien. Pouvez-vous m’indiquer l’était des blessures et des symptômes Monsieur ?
- Bah … il a vraiment une sale gueule.
Fut tout ce qu’il trouva à dire.
2
Inspecteurs
- Très bien, redonnez-moi votre nom.
- J’vous l’ai d’jà dis p’tain …
- Votre nom ?!
Le ton était monté. Soupir.
- Daniel Pérez.
- Vous voudriez me faire croire, Monsieur Daniel Pérez, que vous vous trouviez sur cette portion d’autoroute, en pleine nuit et totalement pété, tout à fait par hasard ?
- Ouais, je me suis fait plaquer ok ?! J’ai bu comme un trou et en voiture, j’ai eu une grosse envie de gerber alors je me suis arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence ! C’est un crime ?!
- Dans le cas présent, oui.
Daniel poussa un nouveau soupir et se frotta les paupières. Elles étaient lourdes, et ses yeux rougis de fatigue picotaient sans arrêt. Un coup d’œil rapide vers sa montre lui indiqua qu’il n’était pas loin de sept heures trente du matin. Quatre heures qu’il était là, dans cet hôpital, à faire le pied de grue comme un idiot. Il se tourna alors vers l’inspecteur en face de lui, un grand type qui n’avait, ma foi, pas l’air avenant du tout, et dit sur un ton plus calme :
- Ecoutez, je ne vais pas tarder à devoir allez bosser, alors achevez cet interrogatoire minable rapidement s’il vous plait.
- Ah, parce que vous avez un emploi, Monsieur Pérez ? renchérit l’homme en face de lui.
Le sang de Daniel ne fit qu’un tour. Il se redressa sur sa chaise, les poings serrés, le visage tordu de colère. L’alcool ne l’avait jamais rendu violent, et encore moins agressif, tout au plus le rendait-elle euphorique et un brin mélancolique. Mais il avait eu le temps de dégriser depuis qu’il attendait dans cette salle d’attente aseptisée, et donc retrouvé pleinement toutes ses facultés. Ou presque.
- Vous dites ça parce que j’suis un immigré hein ? Enfoiré de raciste !
Les sourcils de l’inspecteur se froncèrent et ses yeux bleus de glace devinrent plus froids encore. Tout son corps à la carrure imposante – muscles épais et épaules lourdes – se contracta d’un seul et même mouvement. Mais Daniel ne baissa pas le regard pour autant. Il avait confiance en ses propres capacités, même si l’homme en face de lui devait bien faire vingt kilos de muscle de plus, lui il se savait plus rapide et plus habitué. Ses bras étaient suffisamment forts et entraînés pour tenir tête à un homme de cette trempe, fut-il un policier ou un ours. Ces mêmes bras qui l’avaient d’ailleurs aidé à remporter le premier prix de champion régional de boxe andalouse, catégorie poids léger. Et même si cela s’était passé il y a presque dix ans maintenant, il continuait encore aujourd’hui à fréquenter les salles d’entraînement de boxe à Paris, et avait déjà étalé des malabars plus lourds que ce flic. Oui mais voilà, le flic lui, il était armé, et quelque chose lui disait qu’il n’hésiterait pas à se servir de son arme.
Bien évidemment, Daniel avait conscience d’avoir réagi un peu vite à la boutade. Il était fatigué, ses mains et ses vêtements étaient tâchés de sang séché, et il avait toujours été très impulsif. Mais il avait aussi toujours très mal vécu sa situation d’immigrant, d’homme âgé de vingt-cinq ans naturalisé français, mais né au sud de l’Espagne. Et le fait que ce soit ce flic, pseudo super-héros à la mords-moi-le-nœud, qui le lui rappel, le faisait légitimement sortir de ses gonds. En fait, s’il n’était pas si fatigué et si retourné par ce qu’il venait de lui arriver, il lui aurait purement et simplement cassé la gueule.
Oui mais voilà. Quelqu’un l’en empêcha.
- Ray ! cria une voix à l’autre bout du couloir.
Les deux hommes se tournèrent d’un même mouvement vers la source. Daniel vit un jeune homme d’à peu près son âge, pas très grand, courir vers eux dans le couloir de l’hôpital vide, une veste en jean grossière à moitié enfilée.
- On court pas dans les couloirs !!! hurla l’infirmière à lunette de l’accueil.
Ledit couloir étant vide depuis qu’ils étaient arrivés, les risques de collision étaient évidemment énormes.
- Désolé j’suis en retard, lança le jeune homme en s’arrêtant à leur hauteur.
- Ça fait deux heures que j’essaie de te joindre ! renchérit son collègue.
- Bah je dormais.
- Et moi tu crois que j’ai que ça à faire, poser des questions à ce clochard alcoolique ?!
- J’t’emmerde, le faux-flic !! lança Daniel avec verve.
L’inspecteur se leva d’un bond si rapide que Daniel ne put s’empêcher de reculer, collé au dossier de sa chaise. Non pas qu’il ait eu peur … mais quand même, mieux valait être prudent. Les poings serrés du policier tordirent le stylo entre ses doigts. Mais avant que ça dégénère, vif comme une petite souris, son collègue attrapa le calepin qu’il tenait de son autre main et récupéra le stylo tordu.
- Laisse, je m’en occupe, déclara-t-il en l’enjoignant à s’éloigner, le Capitaine m’a expliqué la situation quand je suis arrivé, je prends la relève.
- T’as raison, sinon j’lui colle une balle !
Puis il tourna les talons et s’en fut. La rencontre fut brève et mouvementée, mais Daniel avait comme l’impression que lui et cet inspecteur charmant comme une porte de prison, ne s’entendaient guère.
Son jeune collègue prit place sur la chaise, en face de Daniel, et lui tendit la main. Son sourire franc illuminait un visage encore juvénile, et ses yeux vert pétillant brillaient comme deux émeraudes. A la réflexion, il semblait plus jeune que lui. Vingt-deux ans peut-être.
- Je m’appelle Tony, se présenta-t-il joyeusement.
- Daniel. Je … crois que je l’ai énervé.
- Qui, Ray ? Nan, n’y faites pas attention. S’il le pouvait il tuerait tout le monde. Même moi.
Daniel se permit un sourire.
- Il s’appelle Raymond Taines, mais moi je l’appelle teigne dans son dos, précisa Tony en souriant toujours aussi franchement.
Cette fois, Daniel ne put se retenir de rire. C’était la première fois qu’il riait depuis qu’il était arrivé ici. Et ça faisait du bien. Il sentit ses épaules s’abaisser, décontractée, et il poussa un soupir inaudible. Il se sentait immédiatement plus détendu. Quelque chose dans l’attitude de ce jeune inspecteur, dans sa présence, dégageait une quiétude toute bienfaitrice.
- Alors, reprit celui-ci en feuilletant le calepin de son collègue, d’après ce que je vois ici, vous avez manqué vous faire percuter par la Mercedes lancée à grande vitesse sur l’autoroute, et avez porté secours aux personnes blessées. C’est très héroïque tout ça.
Daniel arqua un sourcil, sceptique. Le ton de sa voix ne laissait pourtant filtrer aucune chaleur, aucune surprise, comme si ce qu’il lisait était tout à fait normal. Le jeune homme avait revêtu sa tenue professionnelle de flic en plein interrogatoire et c’était bluffant. Mais soudain, il vit son visage s’illuminer et ses yeux pétiller plus encore.
- Vous êtes né en Espagne ? lança-t-il tout sourire. Où ?
- A Séville, répondit laconiquement Daniel, légèrement surprit.
- Ah j’adore cette région ! J’y suis allé en vacance y’a quelques années … vous êtes andalous alors !
- Oui …
De plus en plus surprenant. Tony semblait flotter sur un petit nuage, comme si Daniel venait de lui avouer qu’il était en réalité le président de la Galaxie, et qu’il lui fallait repartir immédiatement à bord de son astronef.
- … enfin, à moitié, reprit-il, je suis aussi français par ma mère. J’ai été naturalisé en arrivant à Paris.
- Ah … pourquoi avoir quitté l’Andalousie ?! C’est tellement beau là-bas, les plages andalouses sont superbes !
Daniel se renfrogna immédiatement. C’était lui, ou cet interrogatoire était en train de virer au salon de thé ? Néanmoins, il ne put s’empêcher de répondre, comme chaque fois qu’on lui demandait d’évoquer cette période de sa vie :
- Le frère de ma mère m’a recueilli en France quand mes parents sont morts. J’étais mineur …
Son regard se fit immédiatement plus sombre. Malgré les années, chaque fois qu’il évoquait ses parents, il ne pouvait s’empêcher de repenser à cette nuit tragique, qui avait fait basculer sa vie.
- Je suis désolé, lui dit Tony dans une grimace de tristesse, vraiment désolé …
- C’est pas que cet interrogatoire poussé m’ennuie, lança brusquement Daniel, désireux de ne pas évoquer davantage son passé. Mais en toute franchise je ne comprends pas pourquoi vous me retenez là. J’ai porté secours à des personnes en danger, j’ai vu un médecin et je n’ai rien. A part une légère éraflure au coude. Maintenant j’aimerais rentrer chez moi, prendre une douche, brûler mes fringues et aller bosser.
- Partir travailler ? Après une nuit pareille ?
- Le garage où je travail est à mon oncle, si je ne me pointe pas à l’heure, je prends une taloche.
Tony, baissa brièvement les yeux, certainement le temps de réfléchir, puis referma le calepin. Son visage dur ne reflétait rien d’autre qu’une farouche détermination.
- Je suis désolé, dit-il sérieusement, mais je vais devoir vous poser encore quelques questions.
Daniel poussa un soupir exaspéré et se laissa choir contre le dossier de sa chaise. Il leva le visage vers le plafond et se prit la tête dans les mains.
- C’est pas vrai …
L’inspecteur se pencha vers lui, et lui avoua, sur le ton de la confidence :
- Daniel, les pompiers ont trouvé une arme dans la Mercedes lorsqu’ils ont eu finit d’éteindre l’incendie.
Daniel se redressa de stupeur et braqua sur son interlocuteur un regard totalement désorienté et ébahi.
- Totalement cramé, certes, mais identifiable comme étant une arme automatique à visée laser de gros calibre, reprit Tony. Quelque chose qui peut faire très, très mal. Et c’est pour ça qu’on est ici. Les pompiers nous ont appelés immédiatement. Vous ne pensiez tout de même pas qu’on rappliquait à chaque accident de la route pour cuisiner les témoins ?
- Non mais … enfin … quel rapport avec moi ?
- Mes collègues ont rapidement sécurisés le périmètre pour relever le plus d’indices possible, et ils ont apparemment retrouvé des douilles du même calibre que l’arme sur l’autoroute. On a ainsi pu retracer le parcours de la Mercedes sur une vingtaine de kilomètres avant de perdre brusquement sa trace. Ils ont également retrouvé d’autres douilles, sur le pont au-dessus de la sortie près de laquelle vous vous étiez précisément arrêté … des douilles de sniper, à première vue, mais celles-ci sont encore en balistique pour l’instant, nous avons préféré les analyser plus longtemps. Mais sachez également que l’homme qui est en ce moment entre les mains des médecins, avait deux balles dans le corps, et que la carrosserie de la Mercedes était trouée d’impact.
Daniel sentit les battements de son cœur accélérer rapidement. Il commençait à voir le rapport qu’il y avait avec lui.
- Attendez, lança-t-il en souriant nerveusement, prit de panique, vous ne croyez tout de même pas que c’est moi qui ai fait ça ?!
- Avouez que c’est tout de même difficile de croire que vous vous trouviez là au beau milieu de la nuit, totalement par hasard.
- Mais … je … je leur ai porté secours ! J’ai attendu à côté d’eux que les pompiers et l’ambulance arrive !
- Très héroïque, comme je le disais.
Daniel commençait à entrevoir la raison du sang-froid de ce jeune inspecteur, et la colère et l’entêtement de son collègue. Tous deux semblaient persuader de tenir le coupable. Mais il était innocent, de toute évidence. Derrière sa terreur, Daniel ne put s’empêcher de remarquer que les choses étaient allées relativement vite. En quatre heures de temps, la police de Paris avait eu le temps d’identifier une arme calcinée, de dresser un périmètre de sécurité, de condamner une portion d’autoroute, et de trouver un coupable parfait. Ne leur manquait que l’alibi et l’arme. Du bon boulot en somme, vite expédié. Et il ne put s’empêcher de remarquer également que lui, immigré de vingt-cinq ans, garagiste sans formation, vivant au crochet de son oncle, faisait le coupable idéal. Maintenant il comprenait mieux pourquoi on ne l’avait pas autorisé à rentrer chez lui.
- C’est des clowneries ! ne put-il s’empêcher de crier.
- Calmez-vous. De toute façon, dans l’état actuel des choses, nous n’avons aucune preuve contre vous, et avec le sang que vous avez sur les mains, aucune chance pour qu’on retrouve de quelconques trace de poudre.
Daniel n’en croyait pas ses oreilles.
- Traces de poudre ?! éructa-t-il d’une voix forte. Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ?
- Calmez-vous je vous dis.
- Et arrêtez de me donner des ordres !!
Oui, Daniel avait toujours été très impulsif.
- D’accord, concéda Tony dans un soupir, mais sincèrement, je doute fort que vous soyez le coupable.
- Vous me faites le gentil flic maintenant ?
- Non, mais vous avez … un petit côté pathétique et perdu que les tireurs snipers n’ont pas.
- Je vous emmerde.
- Je me doute oui, mais sachez que l’homme qui a tiré de ce pont, juste au-dessus de votre tête cette nuit, était un tueur professionnel, quelqu’un qui agit avec beaucoup de sang-froid et qui a patiemment attendu de voir surgir à l’autre bout de l’autoroute la voiture de sa cible.
Daniel déglutit. Il s’était donc retrouvé au beau milieu d’un règlement de compte et n’avait pas pris une balle, ni même récolté de blessures graves. Juste une écorchure. Il entendait déjà la voix de son oncle qui lui disait :
« T’as le cul bordé de nouille fiston ! »
C’était le cas de le dire.
- Les têtes mises à prix et les tueurs à gage sont plus nombreux à Paris que les gens ne le croient, reprit Tony en fronçant les sourcils, le plus souvent, il s’agit d’acte de vengeance entre gangs, ou bien règlement de compte entre trafiquant ou usurier. Vous n’avez vraiment pas la tête de quelqu’un qui tue de sang-froid pour arrondir ses fins de mois.
- Heureux de l’apprendre …
- L’ennui c’est que l’homme visé, le mari de Madame Favre, Edouard Favre – les deux personnes auxquelles vous avez sauvé la vie cette nuit – n’appartient à aucune de ces catégories. C’est le patron de plusieurs boîtes de nuit très fréquentées dans la capitale, rien de plus … à moins que cela ne cache un trafic illégal de quelque chose, mais nous n’avons jamais rien soupçonné.
- Il a peut-être vendu de l’alcool à un mineur.
Il ne comprenait pas bien pourquoi Tony lui disait toutes ces choses, mais, le regard dans le vide, apparemment perdu dans ses pensées, l’inspecteur semblait avoir besoin d’exprimer ses idées tout haut pour y mettre de l’ordre.
Soudain, la voix tonitruante de Raymond Taines, le premier à l’avoir interrogé, se fit entendre dans tout le couloir. La bête se matérialisa derrière Tony et dit :
- C’est bon on le laisse partir. La femme vient de reprendre connaissance, elle est un peu secouée mais hors de danger. Elle affirme avoir vu monsieur ici présent tanguer au bord de la route avant le premier coup de feu. Elle est persuadée qu’il ne leur a pas tiré dessus. Ceci dit, ça ne m’a pas l’air d’être une flèche cette nana.
- Peut-être mais en tout cas, elle l’innocente.
- Ouais, j’y crois moyen … vous n’aviez jamais rencontré Madame Favre avant cette nuit, Monsieur Pérez ?
- Si je vous réponds d’aller casser les noisettes de l’écureuil d’à côté, je pourrais toujours partir d’ici ou il faut que je vous lèche les pieds pour que vous me foutiez la paix ?
Tony ne put s’empêcher de rire tout bas. Derrière lui, l’inspecteur Taines serra les poings avec rage. Ses yeux de glace lançaient des éclairs.
- Décarres-le d’ici vite fait après avoir pris sa déposition, sinon je lui colle un pain dans les dents !
Son collègue acquiesça en souriant toujours, se retenant apparemment de rire tout haut. Raymond Taines s’en fut alors, non sans avoir adressé à Daniel un dernier regard brûlant de rage. Daniel lui répondit en lui adressant un signe d’au revoir de la main, un grand sourire aux lèvres.
- Bon et bien, allons-y ! s’exclama Tony tout en reprenant difficilement son sérieux. En fait … je crois que vous allez simplement signer ça, et ce sera bon.
Il lui tendit le calepin et le stylo tordu. Daniel les saisit doucement, un peu hagard, l’air de ne pas comprendre.
- Euh … les dépositions, ça ne se fait pas au commissariat d’habitude ? demanda-t-il.
- Dans le cas présent, répondit Tony en souriant, il ne s’agit pas d’un commissariat mais du 36, et ensuite nos locaux ont … mmh … été en quelques sortes criblés de balles eux aussi.
Daniel, les yeux écarquillés, sentit sa bouche s’écarter pour former un O muet un peu idiot. Tony rit de nouveau.
- Quelqu’un avait une revanche à prendre sur mon tendre et sympathique collègue, reprit-il, il a cru bon, pour se faire entendre, de percer des trous dans le bâtiment central à coup de chevrotine. Ray a un don certain pour se faire des amis !
Tony arborait un sourire amusé et bienveillant, mais Daniel sentit naitre en lui une peur légère, qui n’allait plus le quitter des jours durant.
- Et il lui est arrivé quoi au gars ? demanda-t-il.
- Euh … signez là, répondit simplement Tony en prenant bien soin d’éviter sa question.
Tout en apposant sa signature au bas de la page, Daniel se dit qu’il n’aurait pas dû pousser le bouchon aussi loin, finalement.
Likian
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:31:44)
Hors ligne
Lindwurm
Texte 4 (Suite) :
3
Le motard
- Et tu crois franchement que je vais gober ton histoire ?
Neuf heures, garage de l’oncle de Daniel à la périphérie entre Montreuil et Vincennes.
- Mais je te jure c’est vrai, un truc de fou !! s’exclama Daniel en suivant son oncle dans la cour intérieur du garage.
- Rien à foutre, t’es en retard et t’as pas répondu à mes appels, c’est tout ce que je vois, renchérit son parent.
- Nan mais mon portable était dans ma voiture.
- Ah, la voiture qui a explosé ?
- Bah ouais.
- Tu me prends vraiment pour un con ?
Court silence avant que Daniel ne réponde finalement :
- Bah ouais.
L’homme devant lui poussa un soupir las, tira une dernière fois sur sa cigarette avant de la jeter sur le bitume mouillé et se dirigea d’un pas trainant vers l’immense bâtisse. Derrière lui, son neveu sourit, tira encore quelques taffes lui aussi, puis laissa tomber son mégot à terre avant de l’écraser. A son tour, il pénétra dans le garage.
Le sol crasseux était jonché de tâches aux nombreuses origines : huile de moteur, huile de frein, bière renversée, crachats, essence, eau. Et d’autres encore, diverses et variées. L’odeur était ici particulière. Daniel savait qu’il ne pourrait trouver ce genre de fragrance qu’ici. Mélange de pluie sur le goudron, de rouille, de ferraille, d’essence et de pleins d’autres choses encore. Et malgré la fraicheur du dehors, en ce mois de novembre, il régnait à l’intérieur une chaleur ambiante. Daniel prit une grande inspiration à s’en remplir les poumons et expira en souriant. Il se sentait enfin détendu, et hors de danger.
- schtroumpf Raph’ ! cria son oncle sur le seuil de son bureau. Arrêtes de te pencher au-dessus de ce moteur en marche avec ta clope à la bouche, schtroumpf !
Daniel, le sourire aux lèvres, se tourna vers le centre du garage et vit l’un de ses collègues, Raphaël Viztpezi, accoudé sur le pare-chocs avant d’une Twingo, le nez dans le moteur qui tournait, tourner nonchalamment la tête vers eux. Effectivement, entre ses lèvres fermées, était coincé un petit cigare, genre de cigarillo qu’il fumait tous là-bas, en Pologne, d’où il était originaire.
- Y’a pas de risque ! s’exclama-t-il de sa voix rauque de fumeur compulsif.
- Non c’est sûr, aucun. A part un allé simple pour la lune !
Le dénommé Raph’ haussa les épaules d’un air désinvolte et s’en retourna à son moteur malade, les mains tâchées de noir. Le patron pénétra dans son bureau en bougonnant, suivit de près par Daniel. La porte fermée, les deux hommes restèrent seuls. L’espace était très étroit. Un immense bureau branlant en bois mal entretenu, tâché lui aussi et décoré d’étiquettes mal décollées, occupait presque la totalité de l’espace. A chaque extrémité, deux chaises. L’une plus confortable que l’autre, sur laquelle l’oncle se laissa choir dans un grognement. Daniel prit la seconde. En face de la porte, à gauche du bureau, une immense armoire métallique dans laquelle toute la comptabilité du garage était classée. Aux murs blancs avait été accroché des posters de femmes dans leur plus simple appareil, ou très peu vêtues, le plus souvent debout à côté d’une très belle voiture à la couleur vive, ou alangui sur le capot. Et au milieu de tout cela, une horloge murale en forme d’enjoliveur.
- Allez montre-moi ça, lança l’oncle dans un soupir.
Daniel sortit de sa poche une sorte de récépissé remit par l’inspecteur qui l’avait interrogé, Tony, et le lui tendit.
- Ouais bon d’accord, c’est peut-être vrai … et tu vas bien ?
- J’ai mal au coude, répondit Daniel en s’étirant, j’suis crevé et j’ai dû me faire une bosse à l’arrière du crâne parce que ça me lance.
- Quand même, tu t’en tires bien.
- Je trouve aussi. Ces cons m’ont laissé partir à huit heures ! Juste le temps de rentrer chez moi, de me laver, de manger un morceau, et de partir.
- Si tu veux rentrer te reposer, tu peux.
- Mmh …
Daniel n’était pas partisan des jours de congé, des jours fériés et des dimanches. Lorsqu’il ne travaillait pas, il ne savait pas quoi faire. Hormis son travail, il n’avait pas d’autres occupations. Pas de passions ni de hobbies, et rester à ne rien faire était très certainement l’une des choses qui l’énervait le plus au monde. Alors, quand il n’était pas au garage, il sortait dans les bars ou les boites de nuit, draguait, se faisait draguer, et chaque fois cela se terminait mal. Alors, quitte à choisir, autant rester ici pour bosser.
- Nan, je vais rester, dit-il dans un bâillement.
Son oncle s’apprêtait à répondre lorsque Raphaël ouvrit brusquement la porte du bureau sans même s’annoncer, sa sempiternelle cigarette au coin de la bouche, et dit :
- Y’a cinq ou six clients dans la boutique et je ne vois Marc nulle part.
- Mais c’est pas vrai ! Où il est encore, ce débile mental ?
Raphaël haussa les épaules, l’air totalement désintéressé.
- Bon, dit à Adrien de prendre sa place et retrouve-le, ordonna le patron avec colère.
- Le souci c’est que je ne trouve plus Adrien non plus.
- schtroumpf ! A tous les coups ils sont encore dans la réserve à se tripoter la nouille ! Vas les chercher et ramène-les ici.
L’employé nonchalant referma la porte et s’en fut d’un pas trainant, pas le moins du monde pressé. Encore une fois, l’oncle de Daniel soupira, en colère, et reprit :
- Voilà ce que c’est que d’engager des gays ! Je vais les virer à coup de pompe dans le derrière, ça va être vite-fait.
- Mais arrête, répliqua Daniel s’en pouvoir s’en empêcher, c’est pas parce qu’ils sont gays, c’est parce qu’ils sont ensembles.
- Bah s’ils n’étaient pas gays, ils ne seraient pas ensembles.
- … oui ça se tient.
- Je te ferais remarquer que je n’ai pas ce genre de problème avec les hétéros. Mais je ne t’en veux pas de soutenir tes semblables.
Daniel soupira et se frotta les paupières.
- Je ne suis pas gay, dit-il calmement.
- Ouais bien sûr, et le gamin de la dernière fois, c’était quoi ? renchérit son oncle avec verve.
- Déjà, c’était pas un gamin, il avait mon âge, et ensuite la « dernière fois », comme tu dis, ça remonte à il y a deux ans. Et c’était qu’une nuit. Alors arrête de remettre ça sur le tapis à chaque fois, s’il te plait.
- Excuse-moi mais j’ai du mal à me faire à l’idée que mon neveu soit une tantouze !
Se gardant bien de répondre, Daniel fit la moue et s’adossa à sa chaise, qui craqua bruyamment. Il n’avait pas honte de ça et, en réalité, après ce jeune homme avec qui il avait passé la nuit il y a deux ans, il y en avait eu d’autre. Très peu certes, comparé au nombre de ses conquêtes féminines. Mais Daniel ne se considérait pas vraiment comme un homosexuel, ni même comme étant cent pour cent hétéro. En réalité, peu lui importait le sexe de la personne en face de lui, car du moment qu’il se sentait bien avec ladite personne, qu’il s’entendait bien avec elle et se découvrait quelques affinités, il ne lui en fallait pas plus. Et puis, à vingt-cinq ans, il se disait encore qu’il avait le temps de s’amuser un peu, avant de songer à se calmer. L’ennui, c’est que son oncle n’était pas aussi ouvert d’esprit que lui. Il était même plutôt buté sur les bords.
La porte du bureau se rouvrit et deux hommes passèrent la porte. L’un d’eux, grand et blond avec une carrure d’athlète, des yeux d’un gris anthracite tout à fait unique et une barbe de trois jours, adressa un sourire au patron et une grande claque dans le dos pour Daniel.
- Ça va chéri ? lui lança-t-il en guise de salut.
Pour toute réponse, Daniel grogna d’un air mécontent. L’autre homme était légèrement plus petit que le premier, et ses cheveux étaient mi long, d’une couleur châtain clair. Comparé à son comparse, ses yeux étaient marron et fuyants, et il s’était apparemment rasé de près.
- Daniel tu prends la place de Marc en boutique pour la journée, lança brutalement le patron.
Daniel comprit immédiatement le message et sortit du bureau exigu, laissant ses deux collègues se faire passer un savon. Même si son oncle n’était pas espagnol comme lui l’était à demi, il avait un caractère explosif et savait tenir son équipe d’une main de fer. C’était un homme certes bourru et froid à première vue, mais Daniel lui devait beaucoup.
Lorsque ses parents étaient morts il y a dix ans, en Andalousie, le frère de sa mère avait fait une demande expresse d’adoption à distance. En à peine cinq mois, Daniel avait quitté son pays natal pour s’installer à Paris, Montreuil plus précisément, où il avait terminé sa scolarité. Il avait quinze ans. S’adapter avait été simple pour lui, car sa mère étant française, elle lui avait appris la langue en même temps que l’espagnol du sud, et il était donc totalement bilingue. Son père, lui, n’avait jamais baragouiné un seul mot de français. Lorsqu’il avait eu son diplôme en main, un simple CAP vente technique, son oncle l’avait engagé au garage et depuis, il y travaillait. Au fil des ans, une complicité timide s’était installée entre les deux hommes, qui partageaient beaucoup, même aujourd’hui alors que Daniel vivait dans son propre appartement, à l’autre extrémité de Montreuil. Mais Daniel savait que son oncle n’avait pas toujours été comme ça. Que c’était le départ de sa sœur et sa mort qui l’avait rendu si amer.
Le reste de la journée se déroula sans anicroches particulières. L’après-midi s’écoula lentement pour Daniel qui, occupé au magasin à ranger et reclasser, voyait les heures s’écouler avec lenteur. Il détestait les lundis. Même au carrefour où se trouvait le garage, les gens partaient simplement travailler, et rentraient chez eux le soir. La seule cliente un tant soit peu difficile qu’il eut, fut une jeune femme à lunette, un peu perdu dans ce genre d’endroit, qui cherchait des essuie-glaces. Incapable de se souvenir du modèle de son véhicule et ayant laissé tous ses papiers à l’intérieur, elle était restée une demi-heure à regarder, avec Daniel, les différentes sortes d’essuie-glace disponible en tentant de se souvenir de la marque de sa voiture en fonction de ce qui était affiché en rayon. Tout ceci avant de finalement lui dire :
- Ah mais je suis bête, je suis venue avec. Elle est garée un peu plus bas, vous voulez la voir ?
Et tout ça pour une Renault Clio 2. Lorsqu’elle fut sortie du magasin avec ce qu’elle était venue chercher, Daniel en était arrivé à maudire cette fichue Mercedes de ne pas l’avoir fauché sur l’autoroute.
La journée était pratiquement terminée lorsque son oncle fit irruption dans le magasin par la porte arrière. Daniel, accoudé au comptoir, était en train de recompter les stylos qu’il vendait en caisse.
- T’as que ça à foutre ? lui lança son oncle.
- Y’a pas un chat, lui répliqua Daniel.
- Je t’avais demandé de faire le réassort des liquides antigel et des produits lave-glace.
- C’est fait.
- T’as annoncé la promo pour les tapis sur la porte ?
- Fait.
- Y’a quelqu’un qui est venu te voir dans la cour.
Daniel se redressa immédiatement.
- Et tu pouvais pas me dire ça plus tôt ? éructa-t-il.
- Grouilles-toi Dan, c’est les flics. J’te remplace pour la fermeture.
- schtroumpf, qu’est-ce qu’ils me veulent encore !
Tout en contournant le comptoir, Daniel pria pour qu’il ne s’agisse pas de ce satané flic bourru, Raymond Taines. Tony était pénible aussi dans son genre, mais au moins, il avait l’air moins con que son collègue. Lorsqu’il franchit la porte, il identifia le jeune inspecteur à l’extérieur, adossé contre sa voiture – une Fiat Panda bleue – le téléphone à l’oreille. Il poussa un soupir de soulagement. Sur sa droite, il surprit une conversation entre Raphaël et Marc :
- Bon alors, qu’est-ce qu’elle a cette Twingo ?
- Rien à première vue. Elle ronronne comme un tigre.
- Bah schtroumpf heureusement que tu l’as eu haut-la-main ton diplôme !
- Nan mais attend, si y’a rien y’a rien je ne vais pas inventer … schtroumpf, t’as vu la transmission la gueule qu’elle a ? Et ça, pourquoi c’est là ça ? Pis il manque pas un truc là ? La vache, comme elle faisait pour rouler avec ça !
- Bah heureusement que je t’ai posé la question.
C’est donc avec un immense sourire aux lèvres que Daniel se présenta devant Tony. Le jeune homme ne portait pas les mêmes vêtements que ce matin-même, mais il semblait rayonner de la même énergie insultante, alors que Daniel lui-même se sentait totalement crevé.
- Et bien ! lança le jeune inspecteur en guise de salut. Vous avez franchement une sale tronche. Vous avez pu vous reposer au moins ?
- Nan, répondit Daniel en perdant son sourire, et à qui la faute ?
- Je la sentais gros comme un pavillon celle-là …
- Vous êtes venu m’arrêter ?
Tony pouffa d’un rire moqueur, les yeux brillant. Daniel sentit tout son self-control lui échapper et une vive colère monter en lui, propulser par la honte. Ce fichu flic en carton était en train de se foutre de lui ouvertement.
- Je vous rappelle que Madame Favre vous a innocenté, répondit Tony en souriant toujours. Dommage, vous aviez vraiment la gueule du coupable idéal !
- Je vous trouvais sympa au début mais en fait vous êtes comme votre collègue là ! Je me demande même si vous n’êtes pas pire !
- Et moi je vous prenais pour un pied de chaise, mais en fait vous êtes loin d’être idiot.
Daniel arqua un sourcil, toute colère envolée. Le sourire large qu’affichait Tony signifiait clairement qu’il savait à quoi il jouait, et qu’il s’amusait à le taquiner. Mais soudain, le jeune inspecteur du 36 reprit plus sérieusement :
- Daniel j’étais simplement venu vous dire que Monsieur Favre n’est plus en danger. Il était encore dans un état grave, certes, mais stable. Les médecins envisagent déjà de lui faire une reconstruction faciale, alors …
- Ah ouais carrément ! répliqua Daniel, sincèrement étonné.
Tony marqua une courte pause, les sourcils froncés, puis reprit :
- Cet homme a eu le visage arraché, une reconstruction s’impose je crois … grâce aux photos fournies par sa femme, les médecins ne devraient pas avoir trop de mal je pense. Enfin, je n’y connais rien en médecine. Mais en tout cas, la vie de cet homme …
Pourtant attentif, Daniel décrocha brusquement de la conversation. De l’autre côté de la cour, par l’entrée réservée aux véhicules tractés, une moto noire venait de surgir, chevauchée par un homme à la carrure carré engoncé dans un ensemble de cuir bleu. Le casque à la visière sombre lui cachait entièrement le visage. L’œil expert de Daniel reconnu immédiatement la marque et le type du deux roues : c’était une Agusta F4 particulièrement bien entretenue, le genre de moto qui pouvait vous faire du zéro à cent en trois secondes.
Voyant que ce nouveau visiteur approchait doucement, Daniel regarda sa montre. Dix-neuf heures trente-cinq. Le garage était fermé depuis cinq minutes. D’ailleurs, dans son dos Raphaël refermait bruyamment le capot de la Twingo, son éternel cigarillo au coin de la bouche, et son oncle, qui venait de fermer la boutique, s’approchait déjà de lui pour appréhender ce client tardif.
- Désolé Monsieur, nous sommes fermés, il faudra repa …
Mais Daniel n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Figé, les yeux écarquillés, il vit l’homme à moto stopper lentement son véhicule, sans aucune secousse, poser tranquillement un pied à terre, et sortir un pistolet mitrailleur de sous sa combinaison bleue. Tony, qui s’était retourné pour voir ce qui arrivait en constatant que Daniel n’écoutait plus ce qu’il lui disait, fut heureusement plus prompt à réagir. Il se jeta sur Daniel pour le plaquer au sol au moment où l’homme appuyait sur la détente de son arme.
Une pluie de balle s’abattit sur la cour, l’intérieur du garage et tout ce qui se trouvait sur son chemin. Renvoyé en écho par les murs et les taules environnants, le bruit des balles en rafales raisonna aux oreilles des hommes qui se trouvaient sur leur chemin. La Fiat Panda de Tony se retrouva vite totalement criblée d’impact, la vitre du conducteur et celle du passager volèrent en éclat, les deux pneus exposés crevèrent et le véhicule s’affaissa sur sa gauche. Le pare-brise finit lui aussi par exploser en mille et mille éclats. Recroquevillé au sol, la tête dans les bras, Daniel cria. Dans ses oreilles raisonnait le bruit des tirs et des impacts. Dans sa bouche, le goût amer de la peur. Dans ses yeux brillaient des larmes de frayeurs.
Alors qu’il en était là, en position fœtale sur le bitume froid et mouillé de la cour arrière du garage de son oncle, Daniel en arriva à penser qu’il allait mourir. De toute façon, il se disait bien, aussi, qu’il avait eu bien trop de chance. Hier déjà, il s’en était sorti. Mais aujourd’hui, cela semblait mal parti.
Mais c’était sans compter sur Tony. Loin de se laisser surprendre, celui-ci s’accroupit au-dessus de Daniel, une jambe de chaque côté de son corps crispé, sortit son Beretta 92 semi-automatique de son holster d’épaule, et riposta en se protégeant derrière sa voiture. Il tira trois coups. L’un de ses tirs eut la chance d’atteindre au bras droit l’homme à la moto, qui se crispa immédiatement de douleur et lâcha son arme. Les tirs en rafale cessèrent immédiatement. Le moteur de l’Agusta rugit brusquement, plein de puissance, et s’éloigna rapidement. Tony se redressa, visa et tira, mais manqua sa cible.
Brusquement, le silence retomba sur le garage. Daniel, les oreilles bourdonnantes, n’entendit bientôt plus que les battements désordonnés de son cœur raisonner à ses oreilles, et sa respiration saccadée. Les paupières fermées avec force, les bras tremblant enserrant sa tête, il resta immobile, en positions fœtale, sur le bitume. Il avait bien trop peur pour bouger.
Toujours au-dessus de lui, Tony sortit son téléphone portable de sa poche, appuya sur la touche rappel et fut immédiatement mis en relation avec son service de la Brigade Criminelle du 36.
- Agent Tony Kendallson, matricule 2-8-0-p-p-3, envoyez-moi des renforts et une ambulance au 54 rue de Paris à Montreuil, garage Patrocle, je viens de mettre en fuite un motard armé d’un pistolet mitrailleur, et j’ai deux blessés apparemment grave avec moi !
Il raccrocha, glissa son téléphone dans sa poche d’un geste vif et, son Beretta toujours en main, secoua Daniel pour tenter de le faire réagir. Celui-ci, essoufflé, au bord de la crise cardiaque, releva vers lui des yeux affolés.
- Vous êtes blessé ? lui demanda l’inspecteur d’une voix forte.
Incapable de dire un mot tant il avait peur que sa voix ne le trahisse, Daniel se contenta de secouer vivement la tête de droite à gauche. Il tremblait des pieds à la tête.
- Relevez-vous, reprit gravement Tony, c’est votre oncle, il a été touché.
Et sur ces mots, il se redressa, jeta un dernier coup d’œil par là où la moto avait fui, et, son arme prêt à servir, courut vers l’homme à terre.
Sonné, Daniel se redressa lentement, le visage figé dans une expression ahurie. Les mots du policier n’avaient pas encore franchi la barrière de son esprit. Il vit, à quelques mètres de lui, son oncle à terre entouré d’une flaque de sang qui allait s’élargissant. Non loin, étalé aux côtés de la Twingo miraculée, Raphaël se tordait de douleur en se tenant le ventre, les mains rouge de son propre sang.
Alerté par le bruit, Marc et Adrien sortirent des vestiaires et restèrent eux aussi totalement paralysés face à la scène qui s’offrait à eux. Les murs, les voitures, les outils techniques, tout était entièrement criblé de trous. Adrien fut le premier à réagir. Bousculant son ami, il se rua sur Raphaël pour lui venir en aide.
De son côté, toujours assis à terre, Daniel regardait cette scène irréelle sans la voir. La respiration plus calme, il cligna des paupières, encore sous le choc. Il n’arrivait pas à y croire. Il n’y croyait véritablement pas. Il ne parvenait pas à croire que Tony, les mains déjà pleine de sang, tentait d’arrêter l’hémorragie de son oncle, qui semblait avoir reçu une balle en pleine trachée.
C’était incroyable.
Il ne pouvait y croire.
Il ne pouvait pas …
… et pourtant.
4
Protection des témoins
L’oncle de Daniel mourut quelques minutes à peine avant l’arrivée de l’ambulance, après avoir étouffé dans son propre sang, et ce malgré les efforts de Tony qui tenta de stopper l’hémorragie. Mais cela ne fut pas suffisant. Dans l’ambulance, les médecins tentèrent de le réanimer mais la blessure à sa gorge était trop grave. Lorsque le véhicule stoppa devant l’hôpital, les sirènes avaient été éteintes depuis plusieurs minutes. Quant à Raphaël, il s’en était sorti car la balle qu’il avait reçue n’avait touché aucun organe vital.
Il était près de vingt-et-une heures désormais et Daniel, assit dans le couloir, avait enfoui sa tête dans ses mains. Son oncle avait été déclaré mort et son corps reposait à présent sur la table d’opération, inerte et recouvert d’un drap. Daniel n’avait rien d’autre qu’une petite griffure au visage, causée par un éclat de pare-brise, grâce à l’intervention rapide de Tony. Il lui devait la vie. Mais pourquoi ce motard avait-il tenté de le tuer ? Avait-il été sa véritable cible ? Tony ne lui avait-il pas avoué il y a à peine vingt-quatre heures qu’un homme avait tiré contre leur quartier général pour se venger ? Avait-il attiré ce tueur avec lui ? Pourquoi sa vie tournait-elle au drame depuis quelques jours ?
Totalement dépassé par la situation, Daniel se tenait immobile, toujours assis dans la même position. Les gens allaient et venaient autour de lui, quelques infirmières lui adressèrent des paroles réconfortantes, mais il restait totalement sourd à leur sollicitude. L’homme qui l’avait pris en charge à la mort de ses parents, qui lui avait donné un avenir et lui avait permis de dépasser sa situation d’orphelin, venait de mourir dans d’immense souffrance. Et pourquoi ? Simplement parce que lui, Daniel, s’était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment sur cette fichue portion d’autoroute.
- Je suis désolé …
Daniel entendit bien la voix s’adresser à lui, mais il ne releva pas la tête. Il en avait plus qu’assez de voir les yeux larmoyants et tendres de ces femmes en blouse blanche qui ne devaient sûrement pas avoir ne serait-ce qu’une petite idée de ce qu’il traversait en ce moment. Il avait perdu ses parents il y a dix ans, et aujourd’hui, il se retrouvait orphelin pour la seconde fois.
- Hier, reprit la voix à ses côtés, vous nous avez sauvé la vie à moi et mon mari et aujourd’hui, vous perdez votre père …
D’abord, Daniel fronça les sourcils, incapable de comprendre. Puis finalement il redressa la tête. Assise à ses côtés, Lisa Favre le fixait de ses yeux bruns fatigués. Il avait conscience de ne pas avoir meilleur mine que la jeune femme, mais elle, elle arborait des cicatrices de son accident. Elle avait un œil au beurre noir et une vilaine cicatrice sur son arcade sourcilière gauche. Elle ne souriait pas.
- Ça n’était pas mon père, précisa Daniel d’une voix rauque, c’était mon oncle.
Silence. Lisa tremblait. Avait-elle froid ? Daniel avait replongé dans ses pensées. Qu’allait-il faire à présent ? Continuer de travailler comme si de rien était, au garage, malgré cette tragédie ? Ignorer qu’un homme avait tenté de le tuer ? Non. Il aurait aimé que cela n’ait jamais lieux. Si seulement cette femme ne l’avait pas laissé tomber ce soir-là, il n’aurait pas autant bu et ne se serait pas arrêté sur cette autoroute. Et tout ceci ne serait jamais arrivé.
- Vous voulez le voir ? lui demanda brusquement Lisa d’une voix où ne perçait aucune émotion.
De nouveau, Daniel tourna les yeux vers elle. Elle ne souriait toujours pas. Lentement, elle se releva et l’invita à la suivre. Sans trop savoir pourquoi, il la suivit silencieusement le long du couloir.
Les gens étaient occupés autour de lui. Médecins consultant des dossiers, infirmières classant, reclassant et répondant au téléphone, internes se ruant vers des chambres. La vie était là, tout autour de lui, et lui il se sentait si mort à l’intérieur …
Le service des soins intensifs se situait à l’étage. Ils prirent l’ascenseur tous les deux, chacun muré dans un lourd silence. Qu’y avait-il à dire ? Elle avait failli mourir et son mari était entre la vie et la mort. Lui se retrouvait de nouveau orphelin, à vingt-cinq ans, et avait échappé deux fois à la mort en une journée.
Les portes de l’ascenseur se rouvrirent et ils sortirent tous deux. D’autres prirent leur place. Ce nouveau couloir était parfaitement identique au précédent, il était simplement plus calme. Ici, les patients ne toussaient pas, ne gémissaient pas, n’appelaient pas. La plupart étaient plongé dans un coma artificiel ou non, ou bien presque mort. Par quelques portes ouvertes, Daniel pu les voir. Certains n’avaient plus tous leurs membres. D’autres n’avaient plus toute leur tête. Certains étaient si brûlés qu’ils n’avaient plus rien d’humains. D’autres étaient emplâtrés ou recouverts de bandages.
Daniel avait l’impression de se trouver dans un autre monde. Un monde où la vie semblait tous les avoir abandonné. Il avançait à présent comme un automate au milieu des blessés, des femmes, des hommes et des enfants qui agonisaient. Et pourtant il ne ressentait rien. Rien d’autre qu’un vide immense.
Chambre 612.
Deux policiers apparemment armés avaient été posté à l’entrée. A l’intérieur, l’obscurité de la nuit avait plongé la pièce dans une atmosphère étrange, irréelle. Les moniteurs émettaient une lumière verte translucide et l’aspect du patient fit frémir Daniel. Allongé sur le dos, les deux bras le long du corps, Edouard Favre avait le visage entièrement recouvert de bandelette. Par endroit, notamment à la place de son œil droit, quelques taches de sang imbibaient le tissu. Un respirateur l’aidait à chaque bouffée d’air, et les bips incessants de la machine eurent tôt fait de raisonner aux oreilles de Daniel comme une marche funèbre. Lisa s’installa près du lit de son mari, sur une chaise en métal. Elle sourit tristement.
- Il est hors de danger maintenant, dit-elle dans un murmure, mais il est trop faible pour pouvoir respirer de lui-même. Et puis, l’opération pour son visage est lourde, et dangereuse … c’était un homme si beau avant !
Daniel ne répondit rien, car il ignorait quoi dire. En tout cas, l’homme qu’il regardait à présent, n’avait plus rien de « beau ». Il avait l’impression de contempler un homme momifié récemment. Un sanglot le sortit de sa morbide contemplation. Lisa Favre pleurait.
- Il aurait dû m’en parler, gémissait-elle pitoyablement, pourquoi ne m’a-t-il rien dit ?!
Silence. Daniel n’avait pas envie de répondre. En réalité, les ennuis de cette femme lui importaient peu. Là, debout devant le lit, il eut brusquement envie de prendre la poudre d’escampette pour retourner chez lui, s’allonger dans son lit, remonter sa couette sur sa tête et fermer les yeux. Il était fatigué.
- Je me rends compte que je ne vous ai pas encore remercié pour ce que vous avez fait, reprit Lisa en essuyant ses larmes, vous nous avez tout de même sauvés la vie.
- Je me trouvais dans le coin, répondit automatiquement Daniel.
Lisa eut un sourire amer et renifla bruyamment.
- Vous voulez un café ? proposa-t-elle en se relevant. Celui qu’ils servent au rez-de-chaussée n’est pas mal.
Sans trop réfléchir, Daniel accepta. Au fond, peut-être avait-il besoin de compagnie. Ils retraversèrent le couloir en sens inverse, reprirent l’ascenseur. Et ce toujours dans un silence éloquent. Ils sortirent à l’accueil. Daniel fut surprit de découvrir là une foule de gens incroyable. Certains gémissaient, assis, des bandages sanglants enroulés à certaines partis de leur corps, d’autres pleuraient carrément, se balançant d’avant en arrière, et d’autres encore se contentaient de regarder dans le vide, les yeux grands ouverts.
- Un accident sur le périphérique nord, déclara Lisa sans aucune émotion, un accident énorme.
Encore une fois, Daniel ne répondit pas. Tous ces blessés, ces catastrophes, ne l’atteignaient même plus. Il se sentait totalement éteint. Lisa l’emmena directement à la cafétéria qui, contrairement à la vaste salle d’attente, était presque vide de client. La plupart étaient des hommes et des femmes qui avaient très certainement un parent ou un proche aux étages supérieurs, et la tristesse et le désespoir se lisait sur chaque visage.
Ils s’installèrent tous deux à une table, chacun plongé dans ses pensées. Le serveur leur apporta rapidement leur tasse de café fumant, et Daniel en apprécia la chaleur.
- C’était un motard n’est-ce pas ? demanda brusquement Lisa.
Daniel releva les yeux vers elle. La jeune femme fixait son café d’un œil torve. Elle semblait à bout. Malgré ses blessures, sa détresse et sa tristesse, Daniel ne put s’empêcher de lui trouver une certaine beauté. Ses cheveux blonds, défaits et emmêlés, lui donnait un petit air revêche et ses yeux, dans la lumière des néons du plafond, brillaient d’une couleur ambrée. Elle releva le regard vers lui, lui sourit d’un air désolé, et reprit :
- C’était un motard, pour nous aussi … il nous a poursuivi sur la route, il nous a tiré dessus … c’était horrible ! Edouard a bien essayé de riposter mais je crois que c’est à ce moment-là qu’il a été touché … tout s’est emballé et ! Oh mon Dieu …
Elle enfouit sa tête dans ses mains, retenant ses sanglots. Daniel était immobile et muet, le corps crispé. Voilà pourquoi la police avait retrouvé des douilles sur la route et une arme dans la Mercedes. Edouard Favre avait tenté de se protéger, lui et sa femme.
- Je vous ai rapidement aperçu au bord de la route, continua la jeune femme, là, Edouard m’a crié de sauter … je crois qu’il m’a poussé hors de la voiture ou … je ne sais plus !! D’après les pompiers, Edouard a été éjecté de la voiture au moment de la collision … il est passé par le pare-brise.
Ce qui expliquait sans doute l’état de son visage. Le fait que cet homme soit encore en vie, alors que la Mercedes avait percuté la Clio a très grande vitesse, tenait du miracle. Brusquement, les sourcils de Daniel se froncèrent lorsque la lumière se fit dans son esprit.
Il n’y avait pas un tueur, mais deux.
L’homme à la moto, n’était pas celui qui avait visés le couple au sniper. D’abord, le motard les avait poursuivis sur l’autoroute pour les acculer là où il le voulait … puis le tireur avait terminé le travail. Et Daniel, lui, s’était retrouvé là, entre les tirs.
- Je suis vraiment désolé, minauda Lisa, désolé que cette histoire vous retombe dessus. Mon mari a … il s’est associé avec un trafiquant et … je n’ai pas tout comprit mais … il s’est attiré des ennuis et ils ont tenté de l’éliminer.
Daniel ouvrit la bouche, prêt à répondre. A dire à cette belle femme perdue et triste qu’il s’en fichait, qu’il les emmerdait tous, et que ses excuses, même sincères, ne lui rendraient pas son oncle. Mais Tony et son collègue Ray le devancèrent :
- On vous cherchait, les accosta le plus jeune, nous avions peur que vous ayez déjà quitté l’hôpital après avoir rempli les papiers …
Les papiers du décès.
- Qu’est-ce que vous me voulez ? lança Daniel avec verve. Vous venez encore m’accuser c’est ça ? Me dire que je suis le coupable, que j’ai moi-même tué mon oncle ?!
- Non, bien sûr, répondit Tony avec douceur.
- Ecoutes-moi bien petit con, lança Ray en se penchant vers lui, on a tenté de te tuer, t’imprimes ? Et c’est pas que ça m’enchante, mais c’est grâce à Tony si tu es encore là ! Celui qui a voulu éliminer les Favre t’as attaqué moins d’une journée après l’attentat, tu sais ce que ça signifie ?
Muet, les sourcils froncés et la mine farouche, Daniel préféra garder le silence. Il n’en restait pas moins qu’il avait une envie indomptable de foutre son poing dans le visage de ce flic qui se prenait pour un cow-boy. L’inspecteur Taines et ses yeux de glace le transperçaient, mais il se sentait trop fatigué et trop désespéré pour faire quoi que ce soit.
- Ça signifie, reprit Ray de sa voix rauque, que nous avons à faire à quelqu’un qui a accès à un vaste réseau d’information et qui a découvert ton identité en deux temps, trois mouvements. Quelqu’un de dangereux !
- schtroumpf mais ça ne me regarde pas ! s’écria Daniel avec colère. Et mon oncle non plus, ça ne le regardait pas !!
- T’es impliqué maintenant, que tu le veuilles ou non. Ça s’appelle des dommages collatéraux.
Daniel sentit sa tristesse et son désespoir se transformer en rage, et il se jeta sur l’homme en face de lui sans donner le moindre ordre à ses jambes, en poussant un cri de colère semblable au rugissement d’un lion en furie. Ses muscles fatigués le projetèrent en avant sans même qu’il s’en aperçoive et il se retrouva bientôt à rouler au sol avec Ray, à tenter de lui asséner des coups de poing et des coups de pieds aveugles. Mais il avait semble-t-il sous-estimer son adversaire, et la fatigue l’avait plus atteint que ce qu’il croyait. En réalité, Daniel n’avait pas participé à un combat depuis une dizaine d’année, et l’homme sur lequel il s’était jeté semblait bien entrainé.
L’inspecteur lui asséna alors un furieux coup de poing en plein visage qui l’envoya au sol. Sonné, Daniel roula sur lui-même dans un grognement. Dans la cafétéria, les gens les fixaient d’un air étonné et un peu effrayé, tous autour d’eux s’étaient figés. Ray eut vite fait d’immobiliser Daniel au sol, lui tordant un bras dans le dos. Tony, debout à côté des deux hommes, les fixait d’un regard étrange.
- J’suis pas là pour écouter tes caprices de gamin, grogna le vieil inspecteur tout près de l’oreille de sa victime, alors maintenant tu fais ce qu’on te dit et t’arrêtes de m’emmerder !
Le visage crispé de rage, Daniel poussa un cri et tenta de se dégager, mais rien y fit. Ray se redressa alors et le souleva avec facilité et brutalité.
- Dorénavant tu es ce qu’on appelle un témoin important et potentiellement en danger, reprit l’inspecteur les dents serrées, tu bénéficies maintenant de la protection des témoins, et dès ce soir on t’emmène dans un endroit protégé. Et si t’es pas d’accord, je te brise les deux jambes !
Daniel se débattit avec toute la force qu’il lui restait. Autrement dit très peu. Il gigota fébrilement, puis Ray le relâcha brusquement. Emporté par son élan, Daniel tituba sur quelques pas avant de se redresser et de faire face. Les deux inspecteurs le fixaient, l’un avec colère, l’autre avec douceur.
- schtroumpf, grogna Daniel en se massant l’épaule gauche.
- Vous allez … nous emmener ? bégaya Lisa, le visage blanc de peur. Pourquoi ?
- Pour votre protection, répondit Tony, tant qu’on n’aura pas identifié et arrêté celui qui veut vous tuer.
- C’est quoi encore ces clowneries ?! rugit Daniel.
- On ne veut pas que ce genre d’accident se reproduise, Daniel. On ne veut pas de nouvelles victimes innocentes comme votre oncle.
Daniel garda cette fois le silence, les yeux rivés dans ceux de Tony. Le vert intense de ses pupilles brillait d’un incroyable éclat dans la forte luminosité artificielle de la cafétéria. Incapable de détourner le regard, Daniel entendit cependant Lisa dire avec énergie :
- Non ! Je refuse ! Je veux rester aux côtés de mon mari ! Edouard a besoin de moi !
- Allons bon, voilà que c’est elle qui s’y met maintenant, grogna Ray, je sens que la soirée va être longue.
Likian
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:32:31)
Hors ligne
Lindwurm
Texte 4 (Suite 2) :
5
Gabriel Kendallson
Il était minuit passé lorsque la porte de l’appartement s’ouvrit. Une odeur de renfermé leur agressa immédiatement les narines et Daniel fronça le nez. L’endroit ne semblait pas avoir été habité depuis plusieurs semaines mais était resté propre, à moins que quelqu’un n’ait fait le ménage avant qu’ils n’arrivent.
Lisa Favre sanglotait encore. Elle n’avait cessé de pleurer tout le long du trajet entre l’hôpital et cet appartement. L’endroit où ils allaient devoir vivre pour les prochains jours. Cet appartement se situait dans la rue du Dragon, dans le sixième arrondissement, non loin du Quartier Latin. Un endroit où Daniel évitait de mettre les pieds, car c’était bien loin de l’atmosphère qu’il connaissait à Montreuil. Quartier touristique, un peu bourgeois. Mais il savait que, dans sa situation, il ne pourrait évidemment pas mettre le nez dehors. Pour sa sécurité, il allait devoir rester enfermé dans ce petit immeuble de rue étroite d’à peine quatre étages, dans cet appartement deux pièces au second. Avec une femme qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, et avec des policiers comme chaperons.
- Ça fait longtemps qu’on ne l’avait pas utilisé, déclara Tony en déposant un sac lourd sur la table du petit salon, mais pour quelques jours je pense que ce sera suffisant.
Lisa déposa son sac à main, parcouru la pièce du regard et poussa un soupir. Elle semblait désespérée. Pensait-elle à son mari, resté à l’hôpital, et plongé dans un sommeil artificiel pour ne pas avoir à souffrir de ses blessures ? Daniel ne savait trop que penser de cette femme, à la fois si belle et si banale. Elle lui parlait parfois, lui dévoilant quelques pans de sa vie qu’elle partageait ordinairement avec son mari, mais son regard restait toujours incroyablement distant et replié, comme menteur. Quelque chose en lui, lui criait de ne pas faire confiance à cette femme.
- Le ravitaillement a été fait, vous en avez pour une semaine, reprit Tony dans un sourire.
- Attendez, on est sensé resté ici pour combien de temps ? répliqua Daniel avec verve.
Tony sourit, prit une grande inspiration, mais ne dit rien. Daniel savait qu’il n’avait pas à s’en prendre à lui, car le jeune inspecteur ne pensait qu’à sa sécurité et à l’arrestation de celui qui avait tenté de les tuer, lui et Lisa Favre. Ainsi qu’Edouard Favre, toujours à l’hôpital, dans un état grave.
Ce fut au tour de Raymond Taines de pénétrer dans l’appartement. Il déposa un autre sac, laissa son regard de glace errer à travers la pièce, puis regarda sa montre. Son visage aux traits tirés laissait voir une détermination sans faille derrière un masque de fatigue profond. Daniel savait qu’en réalité cet homme ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans, mais il en paraissait près de cinquante. Quel genre d’homme se laissait totalement détruire par son travail, aussi dangereux soit-il ?
- Bon, la relève arrive à huit heures, lança l’inspecteur de sa voix rauque. Ça ira ?
- Je pense oui, répondit Tony, qui est à l’entrée ?
- Cédric et Evan.
- Ok.
- Je te laisse, j’y retourne. Tu appelles si tu as un problème.
- Oui, oui …
La porte se referma derrière lui. Tony, Lisa et Daniel restèrent silencieux. Les yeux dans le vague, la jeune femme paraissait plongée dans ses pensées. Le jeune inspecteur vérifia son arme dans son holster d’épaule, la rangea, puis lança un appel radio pour en vérifier la fonctionnalité. Debout et immobile, Daniel attendait. Mais quoi ? Il n’avait pas encore réalisé la pleine portée de ce qu’il venait de lui arriver. Le monde bien douillet dans lequel il avait grandi depuis ses quinze ans, grâce à son oncle, avait disparu.
- Quelqu’un veut manger ou boire quelque chose ? demanda Tony.
- Non merci, répondit immédiatement Lisa, je vais simplement me coucher.
- Il n’y a qu’une chambre avec un lit, mais le canapé est dépliable.
- Merci.
La jeune femme récupéra son sac et disparut derrière la porte de la chambre. Les deux hommes restèrent seuls.
- Elle n’a pas l’air en pleine forme, lança Daniel.
- Vous n’avez pas bonne mine non plus, répliqua son vis-à-vis.
- Mmh … moi je vais me prendre une bière.
- Bonne idée, amenez-m’en une aussi.
- Même en service ?
- Vous allez le dire à la police ?
Daniel sourit. C’était chaque fois pareil, dès qu’il pensait ne plus pouvoir se débarrasser de sa colère ou de son désespoir, Tony parvenait toujours à lui arracher un sourire. Les deux hommes s’installèrent à table et restèrent silencieux plusieurs minutes, chacun buvant directement au goulot de leur bouteilles.
- Dites, lança soudainement Daniel, votre collègue là, il ne serait pas légèrement obsédé par cette enquête ? Ça fait pas une journée que vous êtes dessus et il ressemble déjà à un zombie.
Tony avala une longue gorgée de bière, prit le temps de réfléchir, puis releva ses yeux d’émeraude sur Daniel, un sourire amer aux lèvres.
- En réalité ça va faire un an qu’on travaille dessus, avoua-t-il dans un soupir, depuis que je suis entré au 36 et que je suis devenu le coéquipier de Ray. L’attentat contre les Favre n’a fait qu’apporter des éclaircissements à notre enquête, mais l’homme qui a tenté de les tuer ne nous pose que des problèmes dans ce genre depuis plusieurs mois.
Daniel, immobile et silencieux, restait très attentif.
- Il fait sa loi sur la capitale maintenant, reprit le jeune inspecteur, il n’en est pas à sa première exécution, on a retrouvé pas mal de riche businessman tué par balle, ou de gros usuriers, ou bien encore des trafiquants en tout genre.
- Attendez, à vous écouter on croirait que cet homme veut éliminer tout le monde sur sa route !
- Exactement. En réalité, nous pensons qu’il a d’abord voulu éliminer tous les potentiels rivaux pour son propre trafic, et qu’il a ensuite pris contact avec tous les autres pour en faire des employés, ou des associés. Tous ceux qui étaient morts de trouille quoi. Et ceux qui ne lui obéissent pas entièrement sont éliminés. Comme Edouard Favre hier.
- Ça ressemble à une prise de pouvoir votre truc !
- C’est à peu près ça. Il fait sa loi dans l’ombre. C’est comme ça à Paris. Ce sont les trafiquants qui tiennent les ficelles et lui, en un an, il s’est hissé en haut du panier. Il est dangereux.
Silence.
- Mais bien évidemment, vous n’avez absolument pas le droit de savoir ça, je ne vous ai rien dit.
- Donc en fait, la police ne sert à rien, répliqua Daniel.
- Si on ne servait vraiment à rien, ce mec serait le véritable maître de la ville. Hors ce n’est pas le cas.
- Pas encore.
- Je vous sens défaitiste.
- J’suis fatigué.
- Allez vous coucher.
- J’suis trop énervé pour dormir.
- Faudrait savoir.
Nouveau silence. Daniel avala une gorgée de bière et fixa sa bouteille d’un œil torve. Alors un homme était en train de s’autoproclamer maître de Paris sans que personne ne le sache, hormis la police ? Et lui il s’était retrouvé embarqué là-dedans.
- C’est totalement insensé, dit-il simplement.
- A première vue, oui, répliqua simplement Tony.
- Et personne ne se doute de rien.
Les deux hommes se fixèrent de nouveau. Daniel avait l’impression d’être mis au courant d’un lourd secret, de quelque chose de trop gros pour être vrai.
- On se croirait dans un mauvais polar de Coppola, dit-il d’une voix grave.
- C’est comme ça qu’a fait Al Capone à Chicago.
Ils se sourirent. Daniel se frotta les paupières. Il n’avait pas envie d’être mêlé à tout ceci, mais en même temps il ne pouvait pas rester sourd au problème. Un problème qui avait coûté la vie à son oncle.
- Une question … pourquoi est-ce que ce gars a pris la peine de venir jusqu’au garage pour essayer de me tuer ?! demanda-t-il énergiquement.
- Il a dû croire que vous l’avez vu, ce soir-là sur l’autoroute. Comme il croit que vous pourriez l’identifier, il a voulu vous éliminer.
- C’est totalement ridicule, je n’ai strictement rien vu !
- Nous, nous le savons, mais lui ne le sait pas. Et comme il n’est pas du genre à prendre des risques, il a tenté de faire disparaître la menace que vous représentez.
- Il n’avait pas à tirer comme ça … il a touché Raph’ et mon oncle mais pas moi ! Quel genre de gars irait tirer à l’aveuglette comme ça !
- Le genre qui n’a aucun état d’âme et qui se moque du nombre de victimes qu’il laisse derrière lui. On n’arrête pas de vous répéter que c’est quelqu’un de dangereux, quand est-ce que vous allez le comprendre ?!
- Mouais …
Daniel garda le silence. Ses yeux lui piquaient tant il était fatigué mais il savait que s’il se couchait tout de suite, il ne pourrait s’empêcher de vivre et revivre encore la scène de la mort de son oncle. Son corps gisant dans une mare de sang qui s’élargissait rapidement, le trou béant à la place de sa pomme d’Adam, et la terreur et l’incompréhension qui se lisait sur son visage. Tout paraissait si irréel alors.
- Ne vous en faites pas, Ray sait comment agir dans ces cas-là, reprit Tony en arborant un sourire rassurant. Il a déjà eu à faire à un criminel de la même trempe il y a quelques années …
- Vous voulez dire que ce n’est pas la première fois que ce genre de chose se produit ?! répliqua Daniel, les yeux écarquillés.
- Non, ce n’est pas la première fois … c’était il y a douze ans. J’étais encore un enfant à l’époque mais … Ray avait déjà quelques années de service à son compteur. Il a mené l’enquête pour tenter d’arrêter et de dénicher un dangereux criminel nommé Joshua Kendallson.
Daniel fronça les sourcils, alerté. Kendallson … ce nom lui disait quelque chose, il était pratiquement certain de l’avoir déjà entendu quelque part.
- Nordique, je suppose ? demanda-t-il.
- Suédois, répondit Tony en détournant le regard, un criminel comme on en faisait plus, venu tout droit du pays du froid.
- Et qu’est-ce qu’il faisait au juste ?
- Trafic humain … il prostituait des enfants.
Le cœur de Daniel manqua un battement et il sentit sa colère, exacerbée par sa fatigue, redoubler d’intensité.
- Ray a mené son enquête jusqu’au bout, reprit Tony, et il a réussi à coincer Kendallson. Mais l’arrestation s’est mal passée et Kendallson a été tué. Son fils, lui, a été arrêté.
- Ah …
Là, Daniel ne comprenait plus très bien pourquoi le jeune inspecteur lui révélait toutes ces choses. Quel rapport y avait-il entre une enquête vieille de douze ans qui avait abouti sur un décès, et l’homme qui faisait tranquillement sa loi dans la capitale aujourd’hui ?
- Il s’appelait Gabriel, continua Tony après avoir avalé une gorgée de bière, et il était tout aussi dingue que son père, si ce n’est plus. Il avait seize ans au moment de l’arrestation, mais il avait déjà une liste très longue de meurtre et d’abus sexuel sur mineur à son actif. Après son arrestation, il a été diagnostiqué comme étant un dangereux sociopathe par un psychologue de la police, et interné.
Pause dramatique. Le cerveau fatigué de Daniel carburait à plein régime. Lorsqu’il comprit, ses yeux s’écarquillèrent de stupeur.
- Attendez … vous êtes en train de me dire que celui qui s’en est pris aux Favre et qui a tenté de me tuer … c’est Gabriel Kendallson, c’est ça ?
- Il s’est échappé de l’hôpital psychiatrique il y a presque deux ans maintenant, répondit Tony, et c’est à peu près à ce moment-là que les meurtres et l’augmentation des réseaux d’échanges a commencé.
- Les réseaux d’échanges ?
- Le passage des marchandises illégales. Armes, drogues, électroniques … femmes, hommes et enfants venus des pays pauvres … nous sommes pratiquement certains que c’est Gabriel, cet homme que nous poursuivons.
- Mais vous n’en êtes pas sûr.
- A quatre-vingt-dix-huit pourcent. Il a exactement les mêmes façons d’agir que son père, Joshua.
- Mais attendez … la nuit dernière, sur l’autoroute, il y avait deux tueurs n’est-ce pas ?
Tony fronça les sourcils, les yeux rivés dans ceux de Daniel.
- Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ? demanda-t-il avec sérieux.
- Je sais que j’suis pas une flèche, mais j’suis pas con non plus ! répliqua Daniel avec colère. Un gars à moto qui poursuit la voiture, et un tireur embusqué au-dessus de la route pour la canarder. Et un plus un, chez moi, ça fait deux.
- Exact, il y avait bien deux hommes contre les Favre cette nuit-là. Mais nous avons déjà des soupçons quant au deuxième homme, celui au sniper.
- Et donc ?
- Le petit frère d’Edouard Favre, Dimitri.
Silence.
- Quoi ? déclara Daniel d’une voix blanche.
- Ah, je ne devrais pas vous dire tout ça, répliqua brusquement Tony en se frottant les paupières, je dois être très fatigué …
- Ils ont tenté de se tuer entre frère ?!
Nouveau silence.
- Oui, répondit finalement Tony dans un sourire triste, d’après les informations donné par Madame Favre en personne, les deux frères s’entendaient très bien au début. Ils étaient très liés, unis par des liens fraternels très forts. Mais à la mort de leur parent, lorsqu’ils ont tous deux hérités de l’empire familial, ils se sont disputés, ont chacun tenté de gagner une plus grosse part d’héritage, et ont fini par devenir rivaux. Une belle amitié qui s’est transformé en rivalité, comme ça se voit souvent.
- Rivaux ? C'est-à-dire ?
- Edouard Favre a ouvert ses boites de nuit, et Dimitri Favre une entreprise de E-business. L’un et l’autre tentait de se mettre des bâtons dans les roues. En épluchant les comtes de l’un et l’autre, on s’est rendu compte que le petit frère, Dimitri, avait commencé à bien mieux gagner sa vie. L’avènement d’Internet je suppose … alors qu’Edouard, ces derniers mois, a dû fermer deux établissements, et s’endettait à n’en plus finir.
- Et donc … il s’est associé à Gabriel Kendallson.
- Exact. Comme il possède son propre réseau de fournisseurs et de distributeurs en alcool, il a accepté de faire transiter des enfants par ce biais en échange d’une rétribution.
- Mais ça c’est mal terminé.
- Oui. On ignore encore pourquoi ceci dit. Peut-être qu’Edouard était devenu trop gourmand, ou peut-être que brusquement il a eu une conscience et qu’il a voulu tout arrêter. Quoi qu’il en soit, Gabriel a tenté de les faire disparaître, lui et sa femme.
- Comment pouvez-vous être sûr que l’homme au sniper soit Dimitri Favre ?
- Déjà parce que cet homme a servi quelques années dans l’armée, dans les Forces Spéciales d’Interventions Françaises, et que donc il a toutes les qualités pour manier une telle armé, et ensuite parce qu’il a disparu, tout simplement.
- Comment ça ?
- Les locaux de son entreprise sont vides, ses comptes ont été vidés … pfiit ! Disparu dans la nature le cadet Favre.
- Ah … ça devient trop compliqué pour moi.
Daniel bâilla à s’en décrocher la mâchoire et se frotta les paupières. En face de lui, Tony sourit.
- Ça m’a fait du bien de vous parlé de tout ça, dit-il en s’étirant, j’ai l’impression d’y voir plus clair.
- J’suis content pour vous, parce que moi, c’est le vide intersidéral là-dedans, répliqua Daniel en tapotant sa tempe droite de son index, j’vous jure, un machin comme ça, ça devrait être livré avec une notice.
Tony poussa un rire bref et se leva de sa chaise, saisissant de sa main gauche les deux bouteilles vides.
- Au fait, vous êtes sûr que vous aviez le droit de me dire tout ça ? lui demanda Daniel.
- Non, absolument pas. Je vous ai mis dans la confidence d’une affaire strictement confidentielle.
- Oh …
- Mais, j’ai l’impression que vous pourrez nous aider.
- Ah bon ?
- Oui. Vous devriez aller vous coucher, vous avez vraiment une sale tête.
- Ouais …
Daniel se leva, vacilla sur ses jambes à cause de l’alcool, salua l’inspecteur et s’enferma dans la salle de bain. D’ordinaire, il lui fallait plus qu’une simple bouteille de trente-cinq centilitres de bière pour ne plus tenir droit, mais il était tellement fatigué ! Il somnola même sur la cuvette des toilettes, mais se réveilla en sursaut lorsque sa tête heurta le mur de droite. Il se débarbouilla le visage, avisa sa barbe de trois jours avant de la snober, se brossa les dents puis sortit de la pièce. Une dernière question le taraudait.
- Euh … je m’installe où ? Je ne vais pas m’incruster avec …
Il ne termina pas sa phrase lorsqu’il vit que le canapé avait été déplié et que le jeune inspecteur avait rapproché sa chaise de la fenêtre du petit salon pour regarder dehors.
- … on va dormir là ? demanda Daniel en sentant son cœur faire une embardée.
- Vous oui, moi non, répondit Tony dans un sourire, je suis là pour faire le guet, pas pour dormir.
- Vous êtes sûr de tenir toute la nuit sans fermer l’œil ?
- J’ai déjà fait ça plusieurs fois, je sais comment faire pour rester éveiller et attentif.
Debout en caleçon au milieu de la pièce, Daniel se gratta l’arrière du crâne, pas très convaincu. Tony eut un petit rire amusé.
- Couchez-vous, lui dit-il dans un sourire, vous êtes ridicule comme ça.
Pour toute réponse, Daniel grogna d’un air vexé et se glissa sous les draps qui sentaient le renfermé. Mais au moins, le lit était confortable. Il ferma les yeux. Par la fenêtre, la lumière d’un réverbère tout proche pénétrait dans la pièce.
- J’vais pas pouvoir dormir avec cette schtroumpf de lumière, grogna-t-il.
- Taisez-vous et fermez les yeux, lui répondit Tony dans un murmure.
Daniel soupira, las d’être pris pour un gamin, ferma les paupières et se tourna vers le mur. Les bras croisés, les yeux rivés sur la ruelle étroite en contre-bas, Tony restait parfaitement immobile.
Cinq secondes.
Dix secondes.
Quinze secondes.
Des ronflements sonores s’élevèrent brusquement dans la pièce, faisant sursauter le jeune inspecteur qui se tourna immédiatement vers la silhouette indistincte de Daniel, allongé sous les draps. Il poussa un rire discret, attrapa ses jumelles et murmura pour lui-même :
- Exactement le même que Ray …
6
Deux frères
Les quelques jours qui suivirent s’écoulèrent sur le même schéma que cette soirée. Dans la journée, Lisa et Daniel restaient à l’intérieur du deux pièces, protégés par l’un des collègues de Tony à l’intérieur, et deux à l’extérieur. Durant les heures du jour, Daniel et Lisa discutaient, faisaient connaissance ou bien restaient sur leur garde, chacun vis-à-vis de l’autre. Daniel n’arrivait toujours pas à faire confiance à la jeune femme. Elle lui cachait quelque chose, il le savait.
En bonne épouse folle amoureuse de son mari, Lisa Favre ne cessait de lui raconter des anecdotes sur elle et Edouard. Leur rencontre. Leur premier baiser. Leur premier voyage en amoureux. Leur mariage. Elle lui montra même une photo de la cérémonie. En voyant enfin le visage d’Edouard Favre, Daniel fut bien forcé d’admettre que c’était un bel homme. Ses cheveux épais et cuivrés recouvraient un visage rectangulaire à la mâchoire carrée et volontaire. Toute la symétrie de son visage était parfaite dans ses moindres détails : ses narines, les coins de sa bouche, la forme en amande de ses yeux bleus-gris. Oui, Edouard Favre était un bel homme, et aujourd’hui il ressemblait à un tas de chair informe. Lisa parlait d’elle et d’Edouard, parlait parlait et parlait encore. Et plus les jours passaient, plus Daniel en venait à espérer que Gabriel Kendallson trouve vite le chemin de leur refuge pour lui coller une balle. A elle ou lui, il s’en fichait, mais il commençait à en avoir plein le turban de cette satanée bonne femme.
En réalité, il passait ses journées à attendre que la nuit tombe. Vers dix-huit heures, alors qu’il faisait déjà nuit dehors, Tony venait pour la relève et restait jusqu’à huit heures le lendemain matin. Chaque soirée, Tony et Daniel faisaient donc un point sur l’évolution de l’enquête. Parfois, Lisa se joignait à eux, mais elle participait peu, se contentant le plus souvent d’observer et d’écouter en se taisant. Plus les jours passaient, et plus elle se murait dans un silence d’outre-tombe. L’attentat et l’accident semblait l’avoir plus perturbé que ce que Daniel et les autres avec crus.
A présent que Daniel se retrouvait dans la confidence de l’enquête, il s’efforçait d’aider Tony autant qu’il le pouvait. Apparemment, quelques dissensions l’opposaient à son collègue, Raymond Taines qui, contrairement à Tony, était entièrement tourné vers sa première enquête d’il y a douze ans, et estimait que la priorité était de chasser Gabriel Kendallson, l’homme qu’il pensait être le responsable de tout ceci. Tony, lui, s’efforçait d’axer ses recherches sur le disparu, Dimitri Favre, car il était persuadé que les deux frères le mènerait plus facilement vers Gabriel. Ray menait donc ses recherches de son côté, et Tony du sien.
Seulement, Tony avait l’aide de Daniel. Après la mort de son oncle, celui-ci avait d’abord été terriblement abattu, certes, mais il était fort. Il avait surmonté la mort de ses parents, et à présent, il surmonterait celle de son oncle en prenant sa revanche. Il allait se venger.
Lisa leur avait longtemps parlé des deux frères, Edouard l’ainé, et Dimitri le cadet. Elle leur avait également montré des photos. Ils se ressemblaient étonnamment, jusqu’à la couleur étonnante de leurs yeux, même si l’un était très légèrement plus petit que l’autre. Elle leur avait parlé d’eux : de la fraternité qui les liait étant petit ; de l’amitié qui les unissait toujours lorsqu’ils avaient grandi ; du projet qui les avait animés lorsque, adolescents, ils avaient eu dans l’idée de reprendre l’entreprise familiale ensembles et de la diversifier. Mais aussi, elle leur avait parlé de la haine qui les avait monté l’un contre l’autre lorsque le plus grand des deux, Edouard, sans rien dire à son petit frère, avait vendu ladite entreprise pour se garder tout l’argent et ouvrir sa première boîte de nuit au centre de Paris. Dimitri n’avait eu de cesse de haïr son aîné après cela, et avait tout fait pour se dresser face à lui.
Depuis, les deux frères n’avaient eu de cesse de se quereller. Et à cause de leur haine réciproque l’un pour l’autre et de leur rivalité stérile, la vie de Daniel s’était effondrée. Ça n’était pas seulement de Gabriel Kendallson qu’il voulait se venger, mais aussi de Edouard et Dimitri Favre.
C’était pour cela qu’il aidait Tony à résoudre cette enquête, toute sa volonté et sa force était dirigée vers ce seul but. Et puis, il ne pouvait nier qu’il appréciait énormément la compagnie de ce jeune inspecteur de la Brigade Criminelle de Paris. Toujours positif, très intelligent et volontaire, il parvenait à lui transmettre toujours un peu de sa volonté pour l’aider. D’après lui, l’inspecteur Taines était totalement obsédé par cette enquête qui, selon lui, n’était pas bouclé. Cette enquête qu’il avait commencée voilà douze ans. Il s’était dressé face à Joshua Kendallson pour démanteler son réseau de prostitution d’enfant, et voilà que son fils Gabriel prenait sa relève. Raymond Taines le prenait comme une insulte.
Ce soir-là, Tony avait amené avec lui des documents confidentiels. Lisa était allée se coucher tôt. Ils étaient donc tous deux seuls ce soir-là, comme souvent, Tony près de la fenêtre, jetant de fréquents coups d’œil à l’extérieur, et Daniel avachi sur le canapé, feuilletant les relevés bancaires et téléphoniques qu’il avait sous les yeux. Il soupira.
- Il est évident que cet Edouard à de grosses dettes, dit-il en fixant les lignes de chiffres qui s’allongeaient sous ses yeux, un peu trop grosses même pour quelqu’un qui s’est fait cinquante millions en vendant l’entreprise familiale il y a dix ans.
- Oui, étonnant, marmonna Tony, perdu dans ses pensées.
- Qui est assez puissant pour faire tomber un homme pareil ? Nom de Dieu, j’ai pas un millième de sa fortune sur mon compte ! Pff qu’est-ce que je dis moi …
- Mmh, quelqu’un de puissant …
- Le gars a eu deux contrôles du fisc en un an ! Un incendie dans l’un de ces établissements, une fermeture pour mort par overdose d’un mineur … ces deux dernières années n’étaient franchement pas glorieuses pour lui.
Cette fois, Tony ne répondit pas, plongé dans ses réflexions. De son côté, Daniel abandonna la liasse de feuillets sur le sol, en saisit une deuxième et recommença à l’éplucher.
- Le plus étonnant, reprit-il, c’est qu’à chaque fois qu’Edouard prend un sale coup financier en pleine poire, son petit frère Dimitri a une grosse rentrée d’argent … un associé au bras long ?
Soudain, Tony se redressa sur sa chaise, délaissant de son regard la ruelle plongée dans le noir de la nuit.
- Qu’est-ce que tu as dit ? demanda-t-il à Daniel.
Celui-ci, un sourcil arqué, surpris, haussa les épaules, l’air de ne pas comprendre.
- Tu as di … que ces deux dernières années n’avaient pas été très glorieuses pour lui ?
- Ouais enfin, grosse modo. Sa première tuile lui est tombée dessus en …
Daniel se pencha, récupéra les papiers, les feuilleta quelques secondes, puis reprit :
- … février deux mille onze. Il y a un an et demi quoi … pourquoi ?
- Gabriel s’est évadé de l’hôpital psychiatrique en aout deux mille dix.
- Ah … et alors ?
- Et si c’est associé au bras long, c’était lui ?
- J’ai du mal à te suivre.
- Joshua Kendallson avait une immense fortune personnelle, mais à sa mort, personne n’a jamais réussi à mettre la main dessus. C’était un homme très riche. Et si Gabriel savait où son père avait planqué cette fortune ?!
- Ah ! Ce qui expliquerait pourquoi la police n’arrive pas à lui mettre la main dessus !
- Entre autre. Mais ça explique aussi pourquoi Dimitri se fait des schtroumpf en or avec une simple entreprise de E-business de seconde zone.
Les sourcils froncés, Daniel prit le temps de réfléchir quelques secondes. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il comprit.
- schtroumpf ! s’écria-t-il en se redressant. Gabriel ne s’est pas seulement associé avec Edouard, il l’a aussi fait avec Dimitri. Il a monté les deux frères l’un contre l’autre … enfin, il a exacerbé leur haine réciproque, surtout.
- Ce n’est pas exclu, mais pas de précipitations. Ce que nous avons là, se sont de pures spéculations, nous n’avons aucune preuve.
- Nan mais si tu vas par là, ton Gabriel, vous ne le coincerez jamais. Vous n’aurez jamais aucune preuve contre lui.
- Mais si …
Les deux hommes se plongèrent dans un bref silence.
- Et l’enquête de Ray, elle en est où ? demanda Daniel en se rallongeant. Ce serait pas mal de lui faire part de ce qu’on a.
- Il te dira la même chose que moi, répliqua Tony dans un sourire désolé.
- Tu peux me dire à quoi ça sert que je vous aide, si vous ne tenez pas compte de ce que je vous dis ?!
- En réalité … je ne sais pas où en est Ray. Il ne me dit rien. Il prend cette enquête trop à cœur. La dernière fois qu’il m’a appelé, c’était hier dans l’après-midi pour me dire qu’il allait revérifier un truc et tenter encore une fois de remonter la piste de la Mercedes, et depuis je n’ai plus de nouvelle. Quand il aura quelque chose ou quand il en aura marre de faire sa tête de lard, il me contactera.
- Il est toujours comme ça ?!
- Non. Mais les Kendallson et lui, c’est une longue histoire. C’est un sujet sensible.
- Ah.
Bref silence entre les deux hommes. Daniel bâilla. Un rapide coup d’œil à sa montre l’informa qu’il était prêt de deux heures du matin.
- Tu m’aides beaucoup, à propos, déclara soudainement Tony.
- Hein ?
- Tu te demandes à quoi ça sert que tu nous aides, mais crois-moi, tu m’aides beaucoup.
- Oh.
- J’apprécie vraiment de faire ce boulot avec toi. T’es plus agréable que Ray, en tout cas.
- Un cochon insomniaque serait plus agréable que Ray !
Tony rigola. Ses yeux verts brillaient intensément dans l’obscurité. Daniel sourit, et dit :
- Moi aussi j’aime bien travailler avec toi … ça me permet de penser à autres choses.
Il plongea dans ses pensées, le regard lointain. Comme à chaque fois qu’il repensait à son oncle, et à sa mort atroce. Cinq jours déjà, depuis le drame. Et la blessure était toujours aussi profonde.
- Tu devrais dormir, il est super tard, dit soudain Tony. Demain on y verra plus clair.
- T’as raison, c’est l’heure de coucher les grumeaux !
Tony sourit, et tourna son regard émeraude vers la ruelle.
Dans le couloir, pieds nus dans l’obscurité, Lisa Favre écoutait attentivement les deux hommes se dire bonne nuit, alors que Daniel dépliait le canapé. Le regard dur et décidé, elle retourna dans sa chambre sans faire un bruit, et ferma la porte derrière elle.
Likian
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:33:04)
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Lindwurm
Texte 4 (Suite 3) :
7
Piège tendu
Le lendemain matin, lorsque Daniel se leva vers onze heures, il eut beau chercher Lisa Favre partout dans l’appartement, jusque dans l’armoire de sa chambre, la jeune femme avait disparu. Sitôt en eut-il fait la remarque à l’inspecteur de la relève, que l’alerte fut donné. D’autres hommes du 36 vinrent dans l’appartement, discrètement pour ne pas éveiller les soupçons, au cas où Gabriel ou l’un de ses hommes n’étaient pas loin.
Vers treize heures, l’évidence leur apparut : Lisa Favre s’était enfuie. Personne n’aurait pu s’introduire dans un appartement situé dans une rue aussi étroite, et surveillé par trois inspecteurs de la Brigade Criminelle, en pleine nuit, sans qu’ils n’entendent rien. Elle s’était donc belle et bien enfuie. Mais où, et pourquoi ? Et surtout, comment avait-elle fait ?
Bien évidemment, des hommes du 36 furent envoyés à l’hôpital, car la jeune femme aurait très bien pu se rendre là-bas, pour voir son mari. Mais Edouard Favre était seul dans sa chambre. L’opération pour sa reconstruction faciale avait eu lieu la veille et, étant encore instable, il avait été transféré dans une aile de l’hôpital étroitement surveillée. Personne n’avait pu s’introduire dans sa chambre, et personne ne lui avait rendu de visite depuis une semaine. Depuis le départ de sa femme pour la planque. Lisa Favre avait disparu, tout comme le petit frère de son mari, Dimitri Favre.
Tony fut vite convoqué, et il était près de quatorze heures lorsqu’il entra dans l’appartement. Il semblait sur les nerfs. Paniqué à l’intérieur, très calme en surface. L’appartement était plein a craqué de policier en civil.
- Ray ne répond toujours pas, lança le jeune inspecteur.
La tension s’entendait dans sa voix.
- De quoi ?! répliqua Daniel en se redressant.
- Je te l’ai dit, il est parti il y a deux jours remonter la trace de cette foutue Mercedes, et depuis je n’ai plus de nouvelle !
- Peut-être a-t-il trouvé quelque chose, tenta l’un de ses collègues, peut-être qu’il suit une piste ?
Silence parmi les hommes. Chacun pensait ce que personne n’osait exprimer. Peut-être Raymond Taines était-il tombé sur Gabriel Kendallson. Peut-être ne donnait-il plus signe de vie, car il était …
- Il faut que je le retrouve, déclara brusquement Tony.
- Inspecteur ! répliqua l’un de ses collègues. Cette planque n’est plus sûre, nous devons transférer Monsieur Pérez dans un autre endroit.
- Je n’ai pas le temps, occupez-vous de ça !
Tony sortit de l’appartement, sans un regard en arrière. Daniel le vit disparaître derrière la porte alors que les deux hommes près de lui se levaient. L’un d’eux sortit un téléphone de sa poche alors que l’autre accostait les deux hommes à la porte pour leur expliquer la situation.
Assit sur le canapé, les coudes sur les genoux, Daniel triturait nerveusement ses doigts. Tony était sorti à la poursuite de Ray, sans même plus se préoccuper de lui. Il sentait que les choses étaient en train de s’accélérer, de radicalement changer. Quelque chose se préparait au loin, et lui était condamné à rester ici, loin de tout.
Il jeta un coup d’œil derrière lui. L’homme était en pleine conversation téléphonique. Par la porte ouverte, il voyait les trois autres plongés dans une grande discussion. Sur la chaise, là où Tony avait l’habitude de s’assoir la nuit pour regarder dehors, un blouson en cuir séchait tranquillement, car dehors il pleuvait à verse, avec une casquette rouge. C’était à l’homme au téléphone. Daniel se décida en dix secondes chronos.
Dehors, Tony sortit de l’immeuble à pas pressés. Son téléphone vibra dans sa poche. Il décrocha.
- Je peux savoir ce que tu fais ?! lança la voix au bout de la ligne. Cédric vient de m’appeler pour m’expliquer la situation. Reste dans cette planque et fais transférer le témoin !
- Je suis désolé capitaine, mais je pars chercher Ray, répliqua Tony en ouvrant la portière de sa voiture de fonction.
- Non Tony ! Tu restes sur place, c’est un ordre !
- Excuse-moi Philippe …
Il raccrocha, monta dans sa voiture, mouillé par les quelques gouttes de pluie, et frappa le volant.
- C’est pas vrai …, murmura-t-il avant de s’écrier : pourquoi ne me laisses-tu pas tranquille ?!
La portière côté passager s’ouvrit brusquement et Tony dégaina son arme en sursautant. A l’extérieur, penché sur l’ouverture, Daniel leva les mains, une casquette rouge trempée sur la tête.
- Doucement ! dit-il dans un sourire surpris. C’est moi … ça va ?
- Qu’est-ce que tu fais là ?! répliqua Tony alors que Daniel s’asseyait à ses côtés. Remontes là-haut tout de suite !
- Nan. Je t’ai aidé à pratiquement résoudre cette enquête, et ça me fait suer d’être laissé derrière.
- Daniel, tu es un témoin à charge et …
- Oh pitié ! Tu sais aussi bien que moi que ce schtroumpf de Gabriel n’a rien à craindre de moi, et encore moins Edouard … je ne sers à rien. J’ai été embarqué dans cette histoire totalement par hasard et …
Les deux hommes s’entreregardèrent. Court silence. Tony eut un petit sourire.
- Tu ne sais pas dans quoi tu t’embarques, lui murmura-t-il, tu ne connais pas toute la vérité.
- Je refuse catégoriquement de rester derrière ! Si tu me dis encore une fois de descendre de cette voiture, je m’y enchaîne.
Tony rigola, puis lui demanda :
- Tu as déjà tiré avec une arme ?
- Euh … oui.
- C’était quoi comme modèle ?
- Bah … bon, d’accord, c’était à la fête foraine ! Mais le principe est le même non ?
- Regarde dans la boîte à gant.
Le jeune inspecteur mit le contact et enclencha la première. La voiture s’engagea dans la ruelle. Daniel sortit un pistolet de la boîte à gant.
- Fais attention, lui dit Tony en s’arrêtant au croisement avec le boulevard Saint-Germain, c’est un six coups, l’un des premiers modèle, et il a la gâchette sensible. La balle est déjà dans la culasse, dès que tu appuieras le coup partira, alors évites de pointer ça sur moi s’il te plait.
- Euh … ok, répliqua Daniel en enfonçant soigneusement l’arme dans la poche du blouson en cuir. Mais, rappels-moi où on va déjà ?
- Tenter de remonter la trace de la Mercedes, sur l’autoroute.
- Je ne comprends pas, pourquoi remonter sa trace ?
- Je te l’ai dit, on a retrouvé des douilles d’automatique à peu près tout le long de la voix, jusqu’à un certain niveau, qui nous ont permis de savoir d’où venait la voiture exactement, le chemin qu’elle avait pris pour en arriver là où elle t’a foncé droit dessus. Mais au bout d’une dizaine de kilomètres, on perd totalement sa trace, aucune trace de pneu, aucune vidéo, pas même de flash au radar, rien. Comme si elle était tombée du ciel.
- Ah ouais … mais y’a pas une petite voix par laquelle elle aurait pu passer, ou autre chose ?
- Bah il y avait bien des entrepôts désaffectés à quelques mètres de la voix, mais on les a inspectés et il n’y avait rien à ce moment-là. Enfin, sur trois d’entre eux.
- Comment ça ?
- Quatre entrepôts au total, dont trois ne sont plus utilisés. Mais le quatrième est un entrepôt réfrigérant, utilisé par une usine et un abattoir au nord de la ville. On n’a pas encore pu avoir la dérogation pour y faire une perquisition, donc on n’a pas pu voir ce qu’il y a dedans.
- Et tu penses que Ray est là-bas ?
- Je n’en sais rien … mais je ne sais pas où chercher pour l’instant, pour être franc. Autant commencer par là.
- Mmh …
Ils parvinrent aux entrepôts après un peu plus de trente minutes en voiture. La circulation sur l’autoroute rallongea leur trajet de plusieurs minutes, et ils étaient un tantinet sur les nerfs en se garant près des bâtiments. Comme l’avait dit Tony, trois d’entre eux, tout juste assez grand pour y faire entrer un poids lourd, semblaient à l’abandon. Quant au quatrième, il aurait pu contenir les trois premiers tant il était grand, et il était entouré d’un grillage d’environ deux mètres de haut.
- C’est celui-là, dit simplement Tony.
Ils remontèrent l’allée caillouteuse et boueuse jusqu’au grillage, puis s’y arrêtèrent. De gris et lourds nuages assombrissaient le ciel et un vent froid souleva leur cheveu. L’automne était en train de céder sa place à l’hiver. Ils s’arrêtèrent devant le grillage. Une lourde chaîne et un cadenas la maintenait fermée.
- Bouge pas je reviens, lança Tony en faisant demi-tour vers sa voiture.
Daniel le suivit quelques instants du regard, puis reporta son attention sur le hangar. Il fit quelques pas le long du grillage. Soudain, ses sourcils se froncèrent. Sur le mur droit du bâtiment, une porte étroite était ouverte. Il lui semblait avoir aperçu du mouvement.
- Tu nous fais un repérage topographique ? sourit Tony en revenant vers lui, un pied de biche à la main.
- Et toi, c’est quoi cette panoplie du parfait petit cambrioleur ? répliqua Daniel en le rejoignant.
Tony lui sourit et attaqua le cadenas.
- Bah quand on travaille avec Ray depuis plus d’un an, on finit par devenir des pros du passage forcé.
Daniel sourit, l’air faussement détendu. Ils discutaient tous deux comme si de rien était, mais il se sentait incroyablement tendu. Peut-être avait-il peur aussi. Il s’était lancé à la poursuite de deux frères qui avaient fini par devenir deux ennemis, deux rivaux autrefois très amis, très liés. Il en était là, une semaine après avoir failli mourir embouti par une Mercedes, une arme à la main, sans être certain de pouvoir s’en servir. Il suivait un jeune inspecteur rongé par l’inquiétude et l’envie de justice. Un jeune homme qu’il ne connaissait pas sept jours plus tôt, et qu’il appréciait énormément aujourd’hui.
Le cadenas céda. Tony sortit son automatique de son veston, fit un pas en poussant le grillage, tout en ordonnant à Daniel, d’un geste de la main, de rester derrière lui. Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois. Il avait un peu honte de se protéger derrière le jeune inspecteur, mais il avait conscience qu’en écoutant pas ses directives, il le gênerait.
- C’est étonnant que cette porte soit ouverte, murmura-t-il, un pas en arrière.
- Ça c’est parce que Ray est venu ici, lui répondit Tony sur le même ton.
- Comment tu sais ça ?
Sans dire un mot, le regard rivé vers l’intérieur obscur de l’entrepôt, Tony pointa le sol boueux du doigt. Daniel baissa les yeux. Bien imprimée dans la boue, il vit une trace de pas d’une très grande pointure.
- Dans mon entourage, je ne connais que Ray qui chausse du quarante-huit et qui fume des menthols.
Effectivement, non loin de l’empreinte de pas gisait et un mégot de cigarette.
- Il prend le temps de fumer une clope avant d’entrer par effraction ?! renchérit Daniel.
- Il fait toujours ça avant une intervention, ça l’aide à rester dans le moment présent selon lui.
- Ah ouais …
- Tais-toi maintenant.
Daniel obéit. Ils entrèrent. Il n’y avait pas de lumière. La pièce dans laquelle ils se trouvaient était sans nul doute l’endroit où la viande était découpée. Certaine table était rouge de sang séché, et un peu partout trainaient des hachettes et des longs couteaux. Une carcasse de cochon tout juste vidée attendait d’être jetée dans l’incinérateur. L’endroit sentait le sang et la viande crue. Daniel mit sa manche devant son nez.
- Ça pu ! ne put-il s’empêcher de dire. Et il fait noir, on y voit rien !
- Peut-être, répliqua Tony dans un murmure, mais au moins c’est sec.
Dehors, une averse violente avait commencée. Les gouttes de pluie s’écrasaient sur les taules du bâtiment dans un bruit assourdissant et un peu inquiétant.
- Sec ça me va, baragouina Daniel, sombre … ça me pose un petit problème.
Tony poussa un soupir, eut un claquement de langue nerveux, et sortit une lampe torche de sa poche. La lumière se fit. Ils avancèrent. Sortirent de la pièce. Après avoir franchi une bâche en plastique épais, un froid intense les agressa. Là, dans ce couloir étroit, gisaient sur une longue table d’autres carcasses qui attendaient, elles, d’être vidées. L’odeur était plus forte encore ici. Daniel toussa. Sur le mur près de la porte, un thermomètre indiquait moins vingt-six degrés.
- Nom de Dieu, mais c’est vraiment dégoû …
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Tony l’attrapa brutalement par la manche et le tira vers lui pour le plaquer au mur. Daniel en eu le souffle coupé lorsque son dos heurta la pierre froide. Etonné par la force du jeune inspecteur à ses côtés, qui faisait une tête de moins que lui et bien vingt kilos de moins, il lui demanda dans un murmure :
- Quoi ?
- Par terre, souffla Tony d’une voix blanche, c’est l’arme de Ray.
Daniel baissa les yeux. Un Glock reposait sur le sol froid et carrelé, rougi par le sang. Soit c’était du sang de cochon, soit Ray avait été blessé. Daniel resta ainsi plusieurs secondes, n’écoutant que les battements rapides de son cœur et la respiration saccadée de Tony à ses côtés. Les yeux rivés sur l’arme, il était incapable de s’en décrocher. Il y avait quelque chose de triste et de désespéré dans cette arme abandonnée.
- Reste ici, lui ordonna Tony.
Il ouvrit la porte en métal d’un coup de pied et, l’arme tendu, pénétra dans l’entrepôt. L’endroit était immense, ou moins une centaine de mètre de long, et près de quinze de haut. A des crochets de fer étaient suspendus des carcasses de cochon gelées. Daniel se colla au mur. Pourquoi avait-il décidé de le suivre, déjà ? Il ferma les yeux, le cœur au bord des lèvres.
Tony avança d’un pas. Le froid l’agressa instantanément. Claquant des dents et les mains serrées sur son arme. Il sécurisa sur sa droite, sur sa gauche, puis avança plus avant vers le font de l’entrepôt. Là, il sentit son sang se glacer dans ses veines. Non loin, adossée contre le mur de droite, une silhouette sombre. Il reconnut les baskets grandes pointures couvertes de boue. Il se rua en avant, oubliant toutes les mesures de sécurité.
- Ray ! cria-t-il en s’agenouillant près du corps. Ray, réponds-moi !
Daniel risqua son nez dehors. Il sortit le six coups de sa poche et s’approcha à son tour. Ce qu’il découvrit le laissa sans voix. Assis par terre, du sang congelé sur la jambe et le bras droit, résultant de deux blessures par balle, l’inspecteur Raymond Taines avait les yeux vides, et ternes. La couleur bleue de glace de ses pupilles était voilée, comme recouverte d’un voile opaque. Toute la peau de son visage avait viré au blanc, et ses lèvres étaient devenues bleues. Il était mort.
- C’est pas vrai, marmonna Tony avec colère, Ray !!
Daniel recula d’un pas, comme frappé par la foudre. Il sentait le froid intense du bâtiment s’infiltrer dans son corps jusqu’à toucher ses os. Les yeux sans vie de l’inspecteur semblaient le fixer avec colère. Comme s’ils le désignaient coupable de ce qu’il leur était arrivé. Incapable de soutenir ce regard plus longtemps, Daniel détourna les yeux. Il se figea, une nouvelle fois.
Non loin, assit dans la même position, un autre corps. Daniel s’approcha. Plus le visage de ce second cadavre lui apparaissait, et plus il était certain de le connaître.
- Tony, murmura-t-il d’une voix blanche, viens voir …
Le jeune inspecteur, les yeux larmoyants, se redressa. Il renifla et s’approcha de quelques pas. Lorsqu’il identifia l’homme, il se figea à son tour, les yeux écarquillés.
- C’est pas vrai, dit-il en s’agenouillant plus près du corps, c’est pas possible c’est pas …
- Edouard Favre ! lança Daniel, la main droite serrée sur son arme.
- Mais comment …
La mâchoire carrée et volontaire levée vers le ciel, les pommettes saillantes et les yeux en amandes, Edouard Favre fixait le plafond de ses yeux blancs, une blessure par balle en plein front. Daniel déglutit.
- C’est pas … je le reconnais, il était sur la photo … c’est bien … ?
- Edouard Favre, oui, répondit Tony en se redressant, mais c’est impossible. Il est à l’hôpital en ce moment, il a eu sa reconstruction faciale hier et …
Les yeux du jeune inspecteur s’écarquillèrent lorsqu’il comprit.
- C’est Lisa, dit-il en se tournant vers Daniel, c’est elle … elle nous a menti ! L’homme à l’hôpital, qui n’a plus de visage à cause de l’accident, c’est pas Edouard. C’est Dimitri.
Daniel ouvrit la bouche de stupeur.
- schtroumpf c’est pas vrai, reprit Tony avec colère, à cause du témoignage de Lisa, on n’a pas pensé à faire un relevé d’empreinte, et on a donné le visage d’Edouard à Dimitri !
- C’est exact.
Les deux hommes se tournèrent d’un même mouvement en entendant cette voix. Là, devant eux, habillée d’une très belle robe noire et d’un collant en coton blanc, Lisa Favre les fixait de ses yeux d’ambre brillant, une arme à la main, et un sourire satisfait aux lèvres.
- Je ne pensais pas que vous viendrez jusqu’ici, reprit la jeune femme, d’abord il y a eu ce flic à la con, et maintenant vous !
- Salope, grogna Daniel.
Lisa perdit immédiatement son sourire.
- Tu ne sais pas, dit-elle avant de répéter dans un cri : tu ne sais pas !!! J’aimais mon mari, énormément ! Mais la vie avec lui … c’était devenu impossible et … son frère est revenu. Dimitri il … il était tellement gentil avec moi ! Il m’aimait lui !
- Il vous a utilisé pour atteindre son frère, répliqua Tony avec calme.
- Oui … peut-être. Mais avec l’argent de son assurance vie, on allait pouvoir vivre à l’abri … j’ai compris que Dimitri pouvait m’offrir ce que son frère me refusait ! Une vraie vie !
La jeune femme se tut, se mordit la lèvre, raffermit sa prise sur son arme et reprit :
- Mais je n’ai compris qu’il y avait un problème que quand Gabriel a tenté de nous éliminer. J’ai été idiote ! Et Dimitri aussi ! S’attirer la colère d’un homme pareil, il faut vraiment être fou !
- Gabriel ? répliqua Tony en fronçant les sourcils. Kendallson ?
- Bien sûr. Je lui ai donné rendez-vous ici. J’ai un marché à conclure avec lui, mais vous me gênez. Et, maintenant que vous savez la vérité, je vais devoir vous éliminer.
Elle leva brusquement son arme vers Daniel qui sentit son cœur battre douloureusement dans sa poitrine. Il ouvrit la bouche de stupeur, incapable de prononcer un cri ou un mot. Il avait même oublié qu’il était armé. Tony leva son arme près de lui, prêt à tirer pour le défendre. Les yeux troubles du jeune inspecteur laissaient voir la surprise et l’incompréhension. En réalité, c’était la première fois pour lui qu’il faisait face à quelqu’un d’armé qui en avait après sa vie.
Le coup de feu partit. Daniel sursauta, fixant la femme en face de lui. Etait-il touché ? Avait-il mal ? Il l’ignorait. Durant plusieurs secondes, lui et Lisa Favre se fixèrent, sans comprendre, puis la jeune femme porta la main à son ventre ensanglanté et tomba au sol dans un soupir. Elle resta immobile, allongée par terre, se vidant de son sang. Tétanisé, Tony n’osait plus bougé.
Daniel s’apprêtait à se tourner vers lui pour lui demander si c’était lui qui avait tiré, lorsqu’il vit une silhouette dans le fond du hangar, derrière le corps de Lisa. Un homme armé leur faisait face, pointant sur eux une arme automatique. Il était vêtu d’une combinaison en cuir bleu. Immédiatement, les images de l’assassin à la moto noir revinrent à Daniel. Il revit l’homme dégainé sa mitrailleuse. Il revit le corps de son oncle sur le sol, sur une marre de sang.
- Elle commençait franchement à me faire suer cette petite conne, lança l’homme dans un sourire, nan sérieux, elle croyait vraiment que j’allais écouter ce qu’elle était venu me dire ?
Les yeux grands ouverts, Daniel découvrit le visage de Gabriel Kendallson. Il l’imaginait plus grand. A peu près de sa taille, l’homme avait une musculature puissante et un cou de taureau mais son visage fin exprimait une bienveillance et une confiance en soi incroyable. S’il n’avait pas eu une arme à la main, Daniel ne se serait pas douté une seule seconde qu’il avait en face de lui l’homme le plus dangereux de tout Paris. Mais ce qui le surprit le plus, ce fut l’intensité de ses yeux verts.
L’homme s’arrêta, sourit, puis darda son regard doux sur Tony. Du coin de l’œil, Daniel le vit reculer d’un petit pas.
- Salut petit frère, dit Gabriel dans un grand sourire séducteur, ça faisait longtemps.
Daniel se tourna vers Tony, estomaqué. Soudain, la mémoire lui revint, et il entendit distinctement la voix de Tony prononcer ces mots : « Agent Tony Kendallson, matricule 2-8-0-p-p-3, envoyez-moi des renforts et une ambulance au 54 rue de Paris à Montreuil, garage Patrocle, je viens de mettre en fuite un motard armé d’un pistolet mitrailleur, et j’ai deux blessés apparemment grave avec moi ! » Voilà pourquoi le nom de Kendallson ne lui était pas entièrement inconnu.
Ce qu’il lut sur le visage de Tony le pétrifia. De la terreur. De la terreur à l’état pur. Tremblant de tous ses membres, c’était à peine si le jeune inspecteur pouvait encore tenir son arme. De son côté, Gabriel poussa un rire satisfait.
- Toi ? demanda-t-il en avançant vers eux d’un pas. Dans la police ? Mais qu’est-ce que ce flic à la con à fait de toi ? Et c’est qui ce débile mental qui ne sait même pas tenir son arme ?
Daniel encaissa le coup avec dignité et brandit enfin son six coups, visant Gabriel entre les deux yeux – du moins le croyait-il. Celui-ci lui répondit d’un rire moqueur.
- Allons mon ange, reprit-il en avançant de nouveau vers Tony, il fallait lui expliquer, à ce con de flic, que ton talent n’est pas de tenir une arme et de brandir une insigne, mais de faire jouir les vieux pervers.
- Tais-toi ! s’écria brusquement Tony avec rage. Tais-toi tais-toi tais-toi !!
Contre toute attente, alors qu’il semblait sur le point de s’écrouler la seconde d’avant, Tony se rua vers Gabriel. Il laissa tomber son arme et se jeta sur son adversaire avec l’agilité et la rapidité d’un chat. Quelque peu surpris, Gabriel encaissa le coup porté en reculant d’un pas, et manqua tomber en glissant sur le sol gelé. Totalement pris au dépourvu, Daniel ignorait quoi faire.
Il regarda simplement les deux hommes en face de lui échanger des coups. Il avait peur d’utiliser son arme, car il pouvait blesser Tony. Alors il se contenta de le regarder attaquer sans retenu, criant de rage, enchainant les coups de pieds et de poids à la vitesse de la lumière. Il ignorait de quel type de combat il s’agissait, mais sans nul doute le jeune inspecteur s’était-il entrainé durement. Mais soudain, usant d’une puissance phénoménale, Gabriel riposta. Son poing s’écrasa sur la tempe de Tony qui chuta sur le sol, complètement sonné.
- Et de un, chantonna Gabriel, le deuxième maintenant.
Il leva son arme. Le geste fut si rapide que Daniel n’eut pas l’instinct de réagir. C’était la première fois qu’il se retrouvait dans ce genre de situation. Gabriel ne prit même pas le temps de viser, et tira. Le coup sortit du canon de son arme pour perforer immédiatement l’abdomen de Daniel qui poussa un cri de douleur et de surprise mêlée, lâcha son arme, et s’écroula au sol à son tour, en se tenant le ventre. Il venait de recevoir une balle.
Gabriel partit dans un grand éclat de rire et s’accroupit près de Tony. Il lui dit :
- C’était même pas un vrai flic je paris. Tu as vachement grandit petit frère … c’est dommage, t’étais nettement plus sexy quand tu avais huit ans.
Tony se redressa légèrement. Sa tête lui faisait atrocement mal. Il eut juste le temps d’apercevoir Daniel qui se tordait de douleur au sol, avant que Gabriel ne l’attrape par la gorge pour rapprocher son visage du sien.
- On a plein de chose à se dire toi et moi.
Il le souleva du sol et le remit sur ses pieds avec une facilité extraordinaire. Immédiatement, Tony commença à se débattre et tenta de lui envoyer un coup de poing. Gabriel lui répondit par un coup de coude en plein estomac. Tony poussa un cri étouffé et se plia immédiatement en deux sous la douleur. Gabriel poussa un nouveau rire, et tira son petit frère vers la sortie.
Resté au sol, Daniel pleurait de douleur. Il sentait son sang, si chaud, s’échapper de son corps pour couler sur ses mains. Il sentait le froid ambiant engourdir chacun de ses membres et rendre la blessure plus douloureuse encore. Tout s’embrouilla alors dans son esprit. Il entendit à peine Tony crier de désespoir et de haine.
Comment en était-il arrivé là, déjà ? Comment et pourquoi ? Que s’était-il passé dans sa vie pour que les choses lui échappent ainsi ?
Il avait simplement croisé la route de deux frères, deux hommes autrefois liés par un magnifique amour fraternel, une si belle et si puissante amitié, mais qui s’étaient finalement laissés détruire par la haine, par une rivalité de tous les instants. Deux frères qui avaient fini par se détruire l’un l’autre, et détruire ceux qui eurent le malheur de croiser leur route.
Comme lui, Daniel Pérez, comme son oncle et comme Raymond Taines.
Allongé là, les yeux fermés, pleurant et gémissant, tentant par tous les moyens de retenir son sang dans son corps, Daniel en vint à maudire Edouard et Dimitri Favre.
Puis il se laissa finalement happer par le froid, et le noir.
8
Réveil
Au même moment, dans l’aile est d’un hôpital, au service des soins intensifs, une infirmière cria le nom d’un médecin. L’endroit était plongé dans un silence inquiétant alors que dehors, la pluie tombait à verse, aussi le cri n’en fut que plus assourdissant. Dans la chambre que la femme en blouse blanche venait de quitter, un homme au visage recouvert de bandelette ouvrait les yeux.
Ses poings se serrèrent, et il poussa un cri de colère.
Likian
Dernière modification par Lindwurm (08-10-2012 14:33:42)
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demofélicitation au auteur de ses 4 magnifique texte
j'ai eu beaucoup de mal a départager, il faut dire qu'il sont tous plus beau les uns que les autre,
mais après mure réflexion voila l'ordre dans lequel (a mon goût) je les classerais :
en 1er place je met le texte 2 car je l'ai trouvé magnifique ainsi que très bien raconté, de plus j'adore les loup et cette touche de mythologie par dessu le lot 
en 2e place je met le texte 1 j'ai trouvé l'histoire très touchante et un peut triste a la fois de plus avec des personnage fantastique j'adore,
cette histoire me rappelle des souvenir d'un ami lorsque j'était jeune 
j'aime énormément 
en 3e place je met le texte 4 qui as été très bien raconter, mais il me fait un peut trop penser a ses série criminelle qui passe a la télévision tout les jours (qu'il se mette a passer des film a la place de ces serie criminel è_é )
de plus je trouve la fin trop tragique et le personnage principale qui n'as servi a rien au finale, j'ai eu une sensation de vide une fois arriver a la fin :s
mais l'histoire en elle même est très bien réfléchis et le suspense est la du début a la fin, du boulot de pro 
le texte 3 m'as un peut moins plus, dès le premier paragraphe j'avais compris qu'il s’agissait d'un jeu, et j'ai trouver un peut trop répétitive le fait qu'il combatte, qu'il gagne mais qu'il perd beaucoup de troupe et qu'il recommence ...
mais j'ai bien aimer la coopération en début et la bataille entre les 2 associer a la fin 
voila, encore félicitation au 4 auteur pour ces texte splendide 
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Neyilla
Tekmatey



Euh les votes se font bien ici ? Je vois qu'un seul post personne n'est venu voter ou ils ont voter ailleurs ? o_O
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demooui j'ai demander a lindwurm a les vote se font bien la ...
il y as effectivement peut de votant :s
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Neyilla
Tekmatey



Erf peut être que les gens on pas le temps on est quand même en aout et presque toute la population à déserter ^^
Moi même j'ai malheureusement pas le temps de lire pour le moment surtout le dernier texte qui est d'une longueur à vous tuer les yeux ^^" Mais au moins on peut dire que l'auteur c'est plus que consacré au tournois ^^ J'essayerais de voter en septembre.
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Piga



la longueur du dernier texte est assez décourageante et là faut du temps et du calme pour le lire en entier (
et pour voter généralement il y a un sondage avec des croix.... peut être que ça aussi ça en perturbé plus d'un
mais on a le temps encore puisque le vote dure jusqu'au 11 SEPTEMBRE (petite suggestion vu que le 11 est en semaine peut être repoussé au dimanche suivant donc le 16 )

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Lindwurm
Yosh les gens, merci demo pour ta participation ^^
Les votes se font bien ici, j'allais pas ouvrir trente-six sujets différents et il me semblait que le dernier tournoi il fallait aussi dire son classement ainsi.
En fonction du nombre de vote, on modifiera la date de fin des votes vers la fin septembre.... En fait je pense qu'on va le faire dans pas longtemps mdr mais on va quand même attendre la fin des vacances, si plus de personnes se montrent d'ici là, on ne changera pas de beaucoup.
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conan64je vote pour le texte 4.j'ai bien aimé et t'encourage a continuer 
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Lhuk
Neyilla
conan64 il faut que tu fasses un classement des trois que tu aimes (en gros un petit podium
)

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SarahKay66



faut que je prenne le temps de vous lire, c'est injuste de pas faire f'effort, vu le travail que vous avez fourni.
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Kyan


oula ! les auteurs ont été inspirés cet été... Dès que je trouve un long moment, je me mets à la lecture de vos textes... Entre 2 gemmes peut-être^^
Je repasserai voter !
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Lindwurm
Oui oui oui faut voter !!!!
Sachez que je déménage en ce moment et j'ai donc des problèmes de connection internet ! Je serais très peu présente ce mois-ci et je repousse donc la date butoire des votes à la première semaine d'octobre.
Donc la fin des votes sera le dimanche 7 octobre ! Mais en revenant sur le site vers la fin du mois, je veux voir tout plein de votes !!!!!!! C'est pas parce que je suis pas là pour vous embêter en taverne qu'il ne faut pas venir ici 
A tout bientôt les gens ! Et lisez et votez bien ! 
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medusa


Et bien voilà, j'avais envie de bonne lecture aujourd'hui et je me suis dit : "rien de mieux que se faire plaisir en lisant vos RPs". C'est chose faite et je me suis régalée ! Donc tout d'abord, je tenais à vous féliciter tous les 4 et à vous remercier pour cet agréable moment que j'ai passé grâce à vous.
Texte 1: J'ai trouvé le texte très correct concernant l'orthographe. J'ai cru déceler quelques fautes de temps. Le thème demandé a bien été traité.
On se laisse facilement entraîner dans l'histoire qui est plaisante à lire mais qui selon moi est trop prévisible à cause de la ressemblance avec Le Seigneur des Anneaux.
Texte 2 : J'ai aimé le texte malgré quelques fautes d'orthographe, de syntaxe et des erreurs de temps. Les petites notes d'humour qui ponctuent le texte sont bien trouvées et l'amorce d'une bien belle histoire donne envie de lire la suite.
Gros bémol cependant : je n'ai pas su retrouver "la rivalité" qui faisait partie du thème demandé.
Texte 3 : J'ai trouvé l'écrit irréprochable, je n'ai donc rien à dire si ce n'est bravo ! Pour ce qui est de l'histoire, pour être tout à fait honnête, j'ai été très vite lassée par cette description (qui pourtant n'entrait pas énormément dans les détails) de ces tactiques, stratégies ( appelez ça comme vous voudrez) de guerre car cela n'est tout simplement pas mon "truc". Et pourtant, je suis ravie d'avoir été au bout de la lecture car j'ai été totalement séduite par cette fin que je n'attendais vraiment pas. J'ai donc adoré cette façon très jolie et originale d'aborder le thème demandé.
Texte 4 : Je pensais m'ennuyer en lisant ce texte voire même abandonner vu la longueur ( j'ai beaucoup de mal à me concentrer en lisant sur un pc ^^ rien ne vaut selon moi un bon bouquin) et pourtant je me suis totalement laissée embarquer dans cette histoire énigmatique (j'adore ça :p )
Le vocabulaire riche du texte le rend plaisant à lire, la mise en page impeccable facilite également la lecture, ce qui rend le texte très agréable malgré sa longueur.
L'écrit est irréprochable au début, j'ai donc pu constater avec plaisir que l'auteur manie bien notre langue. Les fautes se font un peu plus fréquentes vers les 3/4 du texte mais on l'excuse facilement vu sa longueur et ça ne rend pas le texte désagréable à lire.
L'histoire se tient du début à la fin.
Petite note perso qui m'a bien amusée : Au départ, je me suis dit que l'auteur avait pris soin de remplacer les "vilains mots" par d'autres mais je me suis vite rendue compte que ce n'était pas régulier et ça m'a fait rire avant que je me rende compte que c'est tout simplement le bot qui avait remplacé certains mots du coup ça rend le texte encore plus original ^^
Avant de vous donner mon résultat, encore merci à tous pour tous ces efforts, pour ces beaux écrits.
Mon premier choix sera donc le texte 4
Le deuxième ira au texte 3
Le dernier sera pour le texte 1 même si j'ai longuement hésité car j'ai été beaucoup plus emballée par l'histoire du 2 dans lequel malheureusement je n'ai pas su retrouver l'intégralité du thème.
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